‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 157 sur 255 · LE MARQUIS, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LA COMTESSE

LE M AR Q U I s.

A mon bonheur enfin, madame, tout conspire: Vous êtes tout à moi.

LA COMTESSE

Que voulez-vous donc dire.

Marquis ?

LE MARQUIS

Que mon amour n'a plus de concurrent; Que je suis et serai votre seul conquérant ; Que si vous ne battez au plus tôt la chamade, Il faudra vous résoudre à souffrir l'escalade.

LA COMTESSE

Moi ! que l'on m'escalade ?

LE MARQUIS

Entre nous, sans façon, A Valère de près j'ai serré le bouton : Il m'a cédé les droits qu'il avoit sur votre âme.

LA COMTESSE

Hé ! le petit poltron !

LE MARQUIS

Oh! palsambleu , madame, Il seroit un Achille, un Pompée, un César, Je vous le conduirois poings liés à mon char. Il ne faut point avoir de mollesse en sa vie.

Je suis vert.

LÀ COMTESSE

Dans le fond, j'en ai Fâme ravie.

Vous ne connoissez pas , Marquis , tout votre mal ; Vous avez à combattre encor plus d'un rival.

LE MARQUIS

Le don de votre cœur couvre un peu trop de gloire Pour n'être que le prix d'une seule victoire. Vous n'avez qu'à nommer....

LA COMTESSE

Non , non , je ne veux pas Vous exposer sans cesse à de nouveaux combats.

LE MARQUIS

' I Est-ce ce financier de noblesse mineure , \ Qui s'est fkit depuis peu gentilhomme en une heure ; \ Qui bâtit un palais sur lequel on a mis Dans un grand marbre noir, en or , l'hôtel Damis; Lui qui voyoit jadis imprimé sur sa porte , Bureau du pied-fourché ,^ chair salée et chair morte ; Qui , dans, mille portraits , expose ses aïeux, Son père , son grand-père , et les place en tous lieux , En sa maison de ville, en celle de campagne, Les fait venir tout droit des comtes de Champagne, Et de ceux du Poitou , d'autant que, pour certain, L'un s'appeloit Champagne et l'autre Poitevin ?

LA COMTESSE

A vos transports jaloux un autre se dérobe.

LE MARQUIS

C'est donc ce sénateur, cet Adonis de robe,

ACTE IV, SCENE IX. ^85 Ce docteur en soupers, qui se tait au Palais, Et sait sur des ragoûts prononcer des arrêts ; Qui juge sans appel sur un vin de Champagne, S'il est de Reims, du Clos, ou bien de la Montagne ; Qui, de livres de droit toujours débarrassé, Porte cuisine en poche, et poivre concassé?

LA. COMTESSE

Non , Marquis, c'est Dorante ; et j'ai su m'en défaire.

LE MARQUIS

Quoi ! Dorante ! cet homme à maintien débonnaire , Ce croquant, qu'à l'instant je viens de voir sortir?

LA COMTESSE

C'est lui-même.

LE MARQUIS

Eh , parbleu ! vous deviez m'avertir ; Nous nous serions parlé sans sortir de la salle. Je ne suis pas méc'hant ; mais, snns bruit, sans scandale , Sans lui donner le temps seulement de crier, Pour lui votre fenêtre eût servi d'escalier.

LA COMTESSE

Vous êtes turbulent. Si vous étiez plus sage,. On pourroit....

LE MARQUIS

La sagesse est tout mon apanage.

LA COMTESSE

Qùoiqu'un engagement m'ait toujo.urs fait horreur, On auroit avec vous quelque affaire de cœur.

LE MARQUIS

Ah , parbleu! volontiers. Vous me chatouillez l'âme.

Par affaire de cœur, qu'entendez- vous , madame?

LA COMTESSE

Ce que vous entendez vous-même assurément. '

LE MARQUIS

I j Est-ce pour mariage , ou bien pour autrement ?

LA COMTESSE

Quoi ! vous prétendriez, si j'avois la foiblesse....

LE MARQUIS

l f Ah, ma foi ! l'on n'a plus tant de délicatesse ; On s'aime pour s'aimer tout autant que l'on peut ; Le mariage suit, et vient après, s'il veut.

LA COMTESSE

Je prétends que l'hymen soit le but de l'affaire. Et ne donne mon cœur que par-devant notaire. Je veux un bon contrat sur de bon parchemin , Et non pas un hymen qu'on rompt le lendemain.

LE MARQUIS

Vous aimez chastement , je vous en félicite , Et je me donne à vous avec tout mon mérite, Quoique cent fois le jour on me mette à la main Des partis à fixer un empereur romain.

' Variante des éditions publiées après la mort de l'auteur.

r,A COMTESSE.

Ce que vous entendez vous-même; et je prétends Qu'un hymen bien scellé....

C'est comme je l'entends ; Et ce n'est qu'en époux que je prétends vous plaire.

liACOMTESSE. ^

Je ne donne mon cœur que par-devant notaire. Je veux, etc.

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