ACTE V, SCENE VIII. 3i
ANGÉLIQUE
Autrefois mon cœur eut la foiblesse De rendre à votre fils tendresse pour tendresse ; Mais la fureur du jeu dont il est possédé , Pour mon portrait enfin son lâche procédé , Me font ouvrir les yeux ; et, contre mon attente, En ce moment, monsieur, je me donne à Dorante.
( à Dorante. )
Acceptez-vous ma main ?
DORANTE
Ah ! je suis trop heureux Que vous vouliez encor....
GÉRONTE, à Hector.
Parle, toi , si tu veux;
Explique ce mystère.
HECTOR
Oh ! par ma foi , je n'ose; Ce récit est trop triste en vers ainsi qu'en prose.
GÉRONTE
Parle donc.
HECTOR
Pour avoir mis, sans réflexion, Le portrait de madame, une heure, en pension
( montrant madame la Ressource. )
Chez cette chienne-là, que Lucifer confonde, On nous donne un congé le plus cruel du monde.
GÉRONTE
Sans vouloir davantage ici l'interroger , Sa folle passion m'en fait assez juger.
3i6 LE JOUEUR.
J'ai peine à retenir le courroux qui m'agite. Fils indigne de moi , va, je te déshérite ; Je ne veux plus te voir, après cette action , Et te donne cent fois ma malédiction.
(Il sort.)