M"^ GROGNA C
Hé bien , vit-on jamais un esprit plus reptile ? Puis-je avoir jamais fait une telle imbécile? C'est une grosse bête, et qui n'est propre à rien,
LISETTE, à part.
Elle est bien votre fille , et vous ressemble bien.
M"^ GROGPJAC, à Lisette.
Euh! plaît-il?
LISETTE
Vous m'avez ordonné le silence.
M™* grognac.
Vous pourriez à la fm lasser ma patience.
VALERE, à madame Grognac.
Je veux plus doucement la sonder sur ce point.
( à Isabelle. )
Voulez-vous un mari ?
ISABELLE
Je n'en demande point :
' On appeloit ainsi des gentilsliommes de la garde du roi , à cause de la ressemblance de leurs armes à un bec de corbeau. (Ménagiî.) ' Gruyer, officier des forêts.
Mais , s'il s'en rencontroit quelqu'un qui pût me plaire.
Je pourrois l'accepter, ainsi qu'a fait ma mère.
M"^ GROGNAC, à Isabelle.
Comment donc ?
VAL ERE, à madame Grognac.
Avec elle agissons sans aigreur.
( à Isabelle. ) /
Ça , dites-moi, quelqu'un vous tiendroit-il au cœur?
ISABELLE
Ah!
LISETTE, à Isabelle.
Bon ! courage !
VALÈRE, à Isabelle.
Allons , parlez-nous sans rien craindre.
ISABELLE
Je sens, lorsque je vois un petit homme à peindre....
VALÈRE
Hé bien donc ?
ISABELLE
Je sens là je ne sais quoi qui plaît; Mais je ne saurois bien vous dire ce que c'est.
Oh ! je le sais bien , moi : c'est l'amour qui murmure,
m"** GROGNAC, à Isabelle.
J'apprends avec plaisir une telle aventure.
Et quel est, s'il vous plaît , ce jeune adolescent
Qui vous fait ressentir ce mouvement naissant?
I s ABELLE.
Ah! si vous le voyiez, vous l'aimeriez vous-même.
ACTE I, SCÈNE IV. 349 Il me dit tous les jours qu'il m'estime, qu'il m'aime; Il pleure quand il veut. Tu sais comme il est fait , Lisette ; et tu nous peux en faire le portrait.
LISETTE
C'est un petit jeune homme à quatre pieds de terre, Homme de qualité , qui revient de la guerre ; Qu'on voit toujours sautant, dansant, gesticulant; Qui vous parle en sifflant, et qui siffle en parlant; Se peigne, chante, rit, se promène, s'agite; Qui décide toujours pour son propre mérite; Qui près du sexe encor vit assez sans façon.
VALÈRE
Mais, c'est le Chevalier.
LISETTE
Vous avez dit son nom.
M""*' GROGNAC.
Qui? ce fou?
S'il n'a pas le bonheur de vous plaire , Songez qu'il m'appartient. C'est un jeune homme à faire. Il a de la valeur ; il est bien à la cour.
M""^ GROGNAC.
Qu'il s'y tienne.
VALÈRE
Il sera très riche quelque jour :
Il peut lui convenir de bien , d'esprit et d'âge.
1 s ABELLE.
Il est tout fait pour moi , l'on ne peut davantage.
M""" GROGNAC.
De quel front , s'il vous plaît, sans mon consentement,
35o LE DISTRAIT.
Osez-vous bien penser à quelque attachement ?
Vous êtes bien hardie et bien impertinente!
VALÈRE
L'amour du ChevaUer pourroit être innocente.
M™^ GROGNAC.
L'amour du Chevalier n'est point du tout mon fait. J'ai fait, pour son mari, choix d'un autre sujet : Le dédit pour Léandre en est une assurance. Que votre Chevalier cherche une autre alliance : Je ne l'ai jamais vu; mais on m'en a parlé Comme d'un petit fat et d'un écervelé ; Et je vous défends, moi, de le voir de la vie.
Je ne le verrai point , vous serez obéie ;
Mes yeux trop curieux n'iront point le chercher :
Mais lui, s'il veut me voir, puis-je l'en empêcher?
M""^ GROGNAC.
A ces simplicités qui sortent de sa bouche , A cet air si naïf, croiroit-on qu'elle y touche? Mais c'est une eau qui dort , dont il faut se garder.
ISABELLE
Vous êtes avec moi toujours prête à gronder. Je parois toute sotte alors qu'on me querelle , Et cela me maigrit.
M""^ GROGNAC.
Taisez-vous, péronnelle.
Rentrez ; et là-dedans allez voir si j'y suis.
Si vous vouUez pourtant écouter quelque avis....