‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 184 sur 255 · M"^ GROGNA C · texte numérisé non relu

M"^ GROGNA C

Hé bien , vit-on jamais un esprit plus reptile ? Puis-je avoir jamais fait une telle imbécile? C'est une grosse bête, et qui n'est propre à rien,

LISETTE, à part.

Elle est bien votre fille , et vous ressemble bien.

M"^ GROGPJAC, à Lisette.

Euh! plaît-il?

LISETTE

Vous m'avez ordonné le silence.

M™* grognac.

Vous pourriez à la fm lasser ma patience.

VALERE, à madame Grognac.

Je veux plus doucement la sonder sur ce point.

( à Isabelle. )

Voulez-vous un mari ?

ISABELLE

Je n'en demande point :

' On appeloit ainsi des gentilsliommes de la garde du roi , à cause de la ressemblance de leurs armes à un bec de corbeau. (Ménagiî.) ' Gruyer, officier des forêts.

Mais , s'il s'en rencontroit quelqu'un qui pût me plaire.

Je pourrois l'accepter, ainsi qu'a fait ma mère.

M"^ GROGNAC, à Isabelle.

Comment donc ?

VAL ERE, à madame Grognac.

Avec elle agissons sans aigreur.

( à Isabelle. ) /

Ça , dites-moi, quelqu'un vous tiendroit-il au cœur?

ISABELLE

Ah!

LISETTE, à Isabelle.

Bon ! courage !

VALÈRE, à Isabelle.

Allons , parlez-nous sans rien craindre.

ISABELLE

Je sens, lorsque je vois un petit homme à peindre....

VALÈRE

Hé bien donc ?

ISABELLE

Je sens là je ne sais quoi qui plaît; Mais je ne saurois bien vous dire ce que c'est.

Oh ! je le sais bien , moi : c'est l'amour qui murmure,

m"** GROGNAC, à Isabelle.

J'apprends avec plaisir une telle aventure.

Et quel est, s'il vous plaît , ce jeune adolescent

Qui vous fait ressentir ce mouvement naissant?

I s ABELLE.

Ah! si vous le voyiez, vous l'aimeriez vous-même.

ACTE I, SCÈNE IV. 349 Il me dit tous les jours qu'il m'estime, qu'il m'aime; Il pleure quand il veut. Tu sais comme il est fait , Lisette ; et tu nous peux en faire le portrait.

LISETTE

C'est un petit jeune homme à quatre pieds de terre, Homme de qualité , qui revient de la guerre ; Qu'on voit toujours sautant, dansant, gesticulant; Qui vous parle en sifflant, et qui siffle en parlant; Se peigne, chante, rit, se promène, s'agite; Qui décide toujours pour son propre mérite; Qui près du sexe encor vit assez sans façon.

VALÈRE

Mais, c'est le Chevalier.

LISETTE

Vous avez dit son nom.

M""*' GROGNAC.

Qui? ce fou?

S'il n'a pas le bonheur de vous plaire , Songez qu'il m'appartient. C'est un jeune homme à faire. Il a de la valeur ; il est bien à la cour.

M""^ GROGNAC.

Qu'il s'y tienne.

VALÈRE

Il sera très riche quelque jour :

Il peut lui convenir de bien , d'esprit et d'âge.

1 s ABELLE.

Il est tout fait pour moi , l'on ne peut davantage.

M""" GROGNAC.

De quel front , s'il vous plaît, sans mon consentement,

35o LE DISTRAIT.

Osez-vous bien penser à quelque attachement ?

Vous êtes bien hardie et bien impertinente!

VALÈRE

L'amour du ChevaUer pourroit être innocente.

M™^ GROGNAC.

L'amour du Chevalier n'est point du tout mon fait. J'ai fait, pour son mari, choix d'un autre sujet : Le dédit pour Léandre en est une assurance. Que votre Chevalier cherche une autre alliance : Je ne l'ai jamais vu; mais on m'en a parlé Comme d'un petit fat et d'un écervelé ; Et je vous défends, moi, de le voir de la vie.

Je ne le verrai point , vous serez obéie ;

Mes yeux trop curieux n'iront point le chercher :

Mais lui, s'il veut me voir, puis-je l'en empêcher?

M""^ GROGNAC.

A ces simplicités qui sortent de sa bouche , A cet air si naïf, croiroit-on qu'elle y touche? Mais c'est une eau qui dort , dont il faut se garder.

ISABELLE

Vous êtes avec moi toujours prête à gronder. Je parois toute sotte alors qu'on me querelle , Et cela me maigrit.

M""^ GROGNAC.

Taisez-vous, péronnelle.

Rentrez ; et là-dedans allez voir si j'y suis.

Si vous vouUez pourtant écouter quelque avis....

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