‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 55 sur 255 · SCENE XVI. loi · texte numérisé non relu

SCENE XVI. loi

MARINE

Alî ! de rhiimeur du monde la plus douce. Je ne lui connois qu'un petit défaut.

M. GRIFOIV.

Quel est-il?

MARINE

c'est, monsieur, que quand elle s'est mis quelque chose en tete , et qu'on s'avise de la contredire, elle crie, elle peste, elle jure , elle bat, elle mord, elle égratigne, elle estropie même en cas de besoin; mais, dans le fond, c'est une bonne enfant.

M. GRIFON.

Voilà une humeur bien douce vraiment ! Et avec cela n'a-t-elle point quelque passion dominante?

Non , monsieur, rien ne la domine. Elle a du goût pour toutes les belles manières ; elle vend , pour jouer, tout ce qu'elle a ; elle met ses nippes en gage pour aller à l'Opéra et à la Comédie ; elle court le bal sept fois la semaine seulement; elle fesse son vin de Champagne à merveille, et sur la fin du repas elle devient fort tendre.

M. GRIFON.

Tu crois donc qu'elle pourra m'aimer ?

MARINE

Qui , monsieur, sur la fin d'un repas; et je vais lui faire entendre que , pour un mari , vous valez cent fois mieux qu'un autre.

M. GRIFON.

Cela est Yrai , au moins.

MARINE

Assurément. Dans ce siècle -ci, quand un mari laisse faire à sa femme tout ce qu'elle veut, c'est un homme adorable; on ne peut pas lui demander autre chose.

M. GRÏFOÎT.

Ah, mon enfant! tu peux l'assurer de ma part que 5 si jamais elle est ma femme, je ne la contraindrai jamais en la moindre bagatelle.

Commencez donc par ne point trop presser les affaires. Je vais lui proposer vos conventions ; et comme il n'y a rien dans ces articles-là qui répugne à la coutume , je ne doute point qu elle ne les accepte.

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