SCAPIN, VALÈRE, LÉONOIIE, MARINE
se AFIN.
Mais voici mon maître avec sa maîtresse : il ne me reconnoîtra pas.
LÉONORE
Comptez , Valère , que rien ne me peut faire changer.
VALÈRE
Ah , charmante Léonore ! que vous devez me paroître adorable avec de pareils sentiments !
SCAPIN
Monsieur, je vous donne le bonjour. Y a-t-il longtemps que vous êtes en cette ville ? Vos affaires vontelles bien? Comment gouvernez- vous la joie avec cette aimable enfant?
VALÈRE
Que me veut cet ivrogne-là ? Qui êtes-vous , mon ami ?
S c A p I jy.
Je suis un honnête garçon, qui connois vos be-
io6 LA SÉRÉNADE.
soins , et qui viens vous offrir deux cents pistoles que me va donner monsieur votre père, (il été son emplâtre. )
VAL ÈRE
C'est toi , Scapin ? Qui t'auroit reconnu ?
SCAPIIV.
Vous voyez , monsieur, ce qu'on fait pour vous.
MARINE
Par ma foi , voilà un méchant borgne.
VALÈRE
Et tu as trouvé le moyen de tirer deux cents pistoles de mon père ?
Il va me les livrer. J'ai encore un collier à escamoter; mais j'aurois besoin tout à l'heure de quelques gens de main.
VALERE
Tout à l'heure ? Et ou veux-tu que je les cherche à présent ?
MARINE
Monsieur, je suis à votre service. Pour la main , je l'ai aussi bonne que la langue.
SCAPIN
Toi ? mais serois-tu fille à travailler de nuit ?
MARINE
Pourquoi non ? c'est dans ce temps-là que je triomphe. J'ai deux ou trois filles de mes amies qui ne m'abandonneront pas dans le besoin.
SCAPIN
Bon , bon ; il ne me faut pas de plus vaillants cham-
SCENE XX. 107 pions pour mon dessein. Mais j'entends monsieur Grifon. Allez m'attendra au prochain détour ; je vous dirai dans un moment ce qu'il faudra faire.