‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 61 sur 255 · M. G RI F ON · texte numérisé non relu

M. G RI F ON

Passez votre chemin , mon ami.

CHAMPAGNE

Que je passe mon chemin ?

M. GR IFON.

Oui.

CHAMPAGNE

Oui , qui le pourroit,

M. GRIFON.

Quel maraud est-ce ici ?

CHAMPAGNE.-

Maraud ! Voilà quelqu'un qui me connoît. Je suis plus pesant que de coutume , et je ne sais si mes jambes pourront porter au logis tout le vin que j'ai bu.

M. G R I F O N , à part.

Ne seroit-ce point quelque émissaire de mon coquin de fils, qui viendroit ici pour troubler la fête ? Je veux m'en éclaircir.

CHAMPAGNE

Holà, l'ami, qui parlez tout seul, suis-je loin de chez moi , par parenthèse ?

iio LA SÉRÉNADE.

M. GRIFOJy.

OÙ loges-tu?

CHAMPAGNE

Hé ! palsembleu, si je le savois , je ne le demanderois pas.

M. GRIFON.

Que cherches- tu dans ce quartier ? .

CHAMPAGNE

Je ne sais, je ne m'en souviens pas. Je suis pourtant venu pour quelque chose. Ah !... monsieur Grifon , le connoissez-vous ?

M. GRIFON, à part.

Je ne me trompois pas, c'est un fripon.

CHAMPAGNE

Justement , un fripon , un vilain , un fesse-mathieu.

M. GRIFON.

A qui penses-tu parler ? C'est moi qui suis monsieur Grifon.

CHAMPAGNE

Le diable emporte si je l'aurois deviné. Or donc , pour revenir à nos moutons , monsieur Mathieu, cet autre vilain, ce ladre....

M. GRIFON.

Ce pendard-là me fera perdre patience.

CHAMPAGNE

Patience, oui, c'est bien dit; allons doucement. Ce monsieur Mathieu donc , comme de vilain à vilain il n'y a que la main , il est arrivé que , par la

SCENE XXIII. m concomitance d'un collier.... , enfin je ne me souviens pas bien de tout cela.

M. GRIFON.

Tu as oublié la leçon qu'on t'a faite. Combien te donne-t-on pour jouer le personnage que tu fais ?

CHAMPA.GNE.

Comme monsieur Mathieu est un vilain , je ne gagne pas grand'cliose ; mais je suis sobre.

M. GRIFON.

Il y paroi t.

CHAMPAGNE

Venons à l'explication. Vous êtes monsieur Grifon , je suis monsieur Champagne : donnez-moi de l'argent au plus vite; car j'ai hâte.

M. GRIFOlSr.

Que je te donne de l'argent ?

CHAMPAGNE

Oui, parbleu , de l'argent ; je ne perds point le jugement, j'ai beau boire. Il me faut huit cent deux mille et quelques livres : j'ai le billet de monsieur Mathieu : vous allez voir ; car je n'y vois goutte.

M. GRIFON, à part.

Voilà justement l'enclouure. (haut.) Tu viens un peu trop tard pour m'attraper , mon pauvre ami : si tu as le billet de monsieur Mathieu , je t'en donnerai.

^ CHAMPAGNE

Cela est fort judicieux et fort raisonnable ; j'aime les gens d'esprit. Je ne le trouve point , ce diable de billet.

M. GRIFON.

Cherche bien.

CHAMPAGTfE.

Je ne trouve rien, la peste m'étouffe. Je l'avois pourtant avant que d'aller au cabaret.

. M. GRIFON.

Trouve-le donc.

CHAMPAGNE

Oh ! vous en demandez trop. Quand on a bu , on ne peut pas retrouver sa maison ; vous voulez que je retrouve un billet : il n'y a pas de raison à cela.

M. GRIFOW.

Tu en as beaucoup , toi.

CHAMPAGNE

Écoutez, ne nous brouillons point. J'étois de sang froid quand je l'ai perdu, je le retrouverai quand je serai de sang froid , cela est infaillible. Jusqu'au revoir.

M. GR IFON.

Il n'est pas si ivre qu'il paroît.

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