SCENE II. i3i Bourgeois , et ne natif en plaine Saint-Denis
M. GRASSET
Monsieur !
MERLIN
Oh ! je connois vos tours. Qu'il vous souvienne Qu'un jour, étant chez vous, par malheur la garenne S'ouvrit, et qu'aussitôt on vit tous vos garçons S'armer habilement de broches, de bâtons. Et qu'ils eurent grand'peine , avec cet air si brave , A faire rembucher au fond de votre cave. Et dans votre grenier , tous les lapins fuyards , Qu'on voyoit dans la rue abondamment épars.
M. GRASSET
Je ne mérite pas, monsieur, un tel reproche.
MERLIN prend deux perdrix, qu'il met dans sa poche.
Donnez-moi deux perdrix : allez coucher en broche , Et souvenez-vous bien, vous et vos galopins. De mieux , à l'avenir , enfermer vos lapins :
( à M. La Montagne. )
Entrez. Pour vous , monsieur , qui portez la vendange , Vous ne valez pas mieux; on ne perd rien au change. C'est là tout mon vin ?
M. LA MONTAGNE
Tout ; on n'est pas un fripon.
Il faut être en ce monde, ou marchand , ou larron.
MERLIN, tirant une bouteille.
On est bien tous les deux. Voyons. Sans vous déplaire , Cette bouteille-ci me paroît bien légère. Vous êtes un fripon , un scélérat.
i32 LE BAL.
M. LA MONTAGNE
Monsieur,
Vous me rendez confus.
MERLIN
Un arabe , un voleur.
M. LA MONTAGNE
Vous avez des bontés !
MERLIN
Sans parler de la colle , Ni des ingrédients dont votre art nous désole, Je vous y tiens : voilà , monsieur le gargotier. Des bouteilles qui sont faites d'un triple osier. Ah , monsieur le pendard !
( Il défait une bouteille couverte de trois ou quatre osiers , en sorte qu'il n'en demeure qu'un fort petit. )
M. LA MONTAGNE
Mais ce n'est pas ma fauté.
Le marchand....
Se peut-il volerie aussi haute ?
De l'or et des grandeurs , je n'en demande pas : Juste ciel! seulement fais qu'avant mon trépas Je puisse de mes yeux voir trois de ces corsaires , Ornant superbement trois bois patibulaires, Pour prix de leurs larcins , en public élevés , Danser la sarabande à deux pieds des pavés ! Voilà les vœux ardents que fait pour votre avance Le plus sincère ami que vous ayez en France. Adieu.... Laissez-m'en deux, comme un échantillon,