‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 11 sur 198 · ISABELLE, COLOMBINE · texte numérisé non relu

ISABELLE, COLOMBINE

ISABELLE

Boiv, bon ! le mariage ! voilà encore quelque chose de beau ! Ne me parle jamais de cette sottiselà. Dis-moi , Colombine, ai-je bien placé mes mouches ? Me trouves-tu coiffée du bon air ?

COLOMBINE

Il est bien question aujourd'hui de mouches et de fontanges ! Voyez-vous toutes ces pyramides-là , ce sont de beaux bouchons à un cabaret où l'on meurt de soif. L'essentiel pour une fille, c'est un mari, et un mari dans toutes ses circonstances.

ISABELLE

Ah , ah ! que tu es folle ! Colombine , que tu es folle ! Tu crois donc que je me soucie d'un homme ? Je te jure que je n'ai pas la moindre envie d'être mariée. A la vérité , je suis bien lasse d'être fille ; mais j'espère que cela se passera.

COLOMBINE

Oui , cela se passera avec un mari. Franchement, le métier de fille est bien ennuyeux , quand on veut le faire avec honneur. Je sais ce qu'il m'en coûte tous les jours pour conserver le peu de réputation qui me reste.

ISABELLE

Que veux-tu donc dire ?

COLOMBINE

Mon Dieu ! je m'entends bien. Il y a des saisons dans l'année terriblement rudes à passer. Quand j'entends chanter l'alouette , ma vertu est à fleur de corde ; et c'est une saison bien chatouilleuse que le printemps.

ISABELLE

Tu te moques , Colombine : c'est la saison qui me fait le plus de plaisir; le beau temps revient.

COLOMBINE

Mais les officiers s'en vont à la guerre.

ISABELLE

La campagne rit....

COLOMBINE

Oui , et Paris pleure.

ISABELLE

Les arbres reverdissent.

COLOM BINE.

Et les filles sèchent sur pied. Je parie que c'est dans ce temps-là que vous êtes le plus dégoûtée de votre emploi de fille.

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