ISABELLE, COLOMBINE
ISABELLE
Boiv, bon ! le mariage ! voilà encore quelque chose de beau ! Ne me parle jamais de cette sottiselà. Dis-moi , Colombine, ai-je bien placé mes mouches ? Me trouves-tu coiffée du bon air ?
COLOMBINE
Il est bien question aujourd'hui de mouches et de fontanges ! Voyez-vous toutes ces pyramides-là , ce sont de beaux bouchons à un cabaret où l'on meurt de soif. L'essentiel pour une fille, c'est un mari, et un mari dans toutes ses circonstances.
ISABELLE
Ah , ah ! que tu es folle ! Colombine , que tu es folle ! Tu crois donc que je me soucie d'un homme ? Je te jure que je n'ai pas la moindre envie d'être mariée. A la vérité , je suis bien lasse d'être fille ; mais j'espère que cela se passera.
COLOMBINE
Oui , cela se passera avec un mari. Franchement, le métier de fille est bien ennuyeux , quand on veut le faire avec honneur. Je sais ce qu'il m'en coûte tous les jours pour conserver le peu de réputation qui me reste.
ISABELLE
Que veux-tu donc dire ?
COLOMBINE
Mon Dieu ! je m'entends bien. Il y a des saisons dans l'année terriblement rudes à passer. Quand j'entends chanter l'alouette , ma vertu est à fleur de corde ; et c'est une saison bien chatouilleuse que le printemps.
ISABELLE
Tu te moques , Colombine : c'est la saison qui me fait le plus de plaisir; le beau temps revient.
COLOMBINE
Mais les officiers s'en vont à la guerre.
ISABELLE
La campagne rit....
COLOMBINE
Oui , et Paris pleure.
ISABELLE
Les arbres reverdissent.
COLOM BINE.
Et les filles sèchent sur pied. Je parie que c'est dans ce temps-là que vous êtes le plus dégoûtée de votre emploi de fille.