LE DOCTEUR, PIERROT
PIERROT
De la joie, monsieur, de la joie! Je vous l'avois bien dit que vous retrouveriez Angélique.
LE DOCTEUR
J'ai promis vingt pistoles à qui me la feroit retrouver : j'en donnerois présentement cinquante à qui me la feroit perdre.
PIERROT
Payez-moi toujours la retrouvaille, et après nous ferons marché pour la reperdaille.
LE DOCTEUR
Est-ce que tu l'as rencontrée en ton chemin?
PIERROT
Non , monsieur ; mais mes correspondants m'ont donné des avis. Un oublieux m'a dit qu'on avoit vu , dans le Marais, entre onze heures et minuit, une fille sortir en habit de bain , pendant qu'on précipitoit son déménagement par les fenêtres. Est-ce Angélique ?
LE DOCTEUR
Je ne crois pas cela.
PIERROT
Un crocheteur de la douane m'a donné avis qu'on avoit retrouvé, parmi les sacs d'un caissier, une
ACTE III, SCENE VIII. i3t petite femme qui s'étoit perdue la veille au lansquenet. Est-ce Angélique ?
LE DOCTEUR
Ce n'est pas elle : elle est trop grosse , et ne pourroit se cacher que derrière des sacs de blé.
PIERROT
Un vendeur d'eau-de-vie m'a assuré qu'il avoit vu entrera quatre heures du matin une jolie solliciteuse chez un jeune rapporteur, et qu'il l'avoit menée, l'après-midi, au Port-à-l'Anglois , pour instruire son procès.
LE DOCTEUR
Angélique n'a point de procès.
PIERROT
Attendez , monsieur , on m'a donné encore un avis....
LE DOCTEUR
Je ne veux plus entendre parler d'Angélique ni de tes avis; et je la méprise si fort, que si je trouvois à me marier avec une autre , je l'épouserois dès aujourd'hui.
PIERROT
Mais , monsieur , puisque l'appétit de la noce vous gourmande si fort, allez voir le sérail de l'empereur du cap Vert. On dit qu'il fait l'inventaire de ses femmes : vous en trouverez peut-être quelqu'une à votre convenance.
LE DOCTEUR
Que me dis-tu ? Quoi ! on vend des femmes à la Foire ?
PIERROT
Oui , monsieur ; c'est la grande nouvelle de Paris : on y court des quatre coins de la ville.
LE DOCTEUR
Allons voir ce que c'est que ce commerce-là.
PIERROT
Je vais vous y mener. J'en prendrai peut-être une pour mon compte , si j'en trouve à ma propice, et qui soit digne de mon mérite.