ACTE III, SCENE XIII
Je ne conduisois point une intrigue en cachette; J'écoutois mille oiseaux murmurer tour à tour,
Et ne passois point pour coquette, Quoique avec tout venant je parlasse d'amour.
ARLEQUIN
Hé bien , c'est encor la méthode; Sans être trop coquette, on a plusieurs amants,
D'été, d'hiver et de printemps.
Dont on change suivant la mode.
Une fille aujourd'hui, sans sonner le tocsin,
Attire un garçon d'une lieue, Et l'on ne trouve point de femelle en chemin
Qui n'ait maint mâle après sa queue.
COLOMBINE
Lorsque le printemps, de retour,
Excite nos cœurs à l'amour , Sans appeler ni parents ni notaire.
Je choisissois l'époux qui savoit mieux me plaire
Nous goûtions un heureux destin ,
Et mon époux étoit certain Que de tous ses petits il étoit le vrai père.
ARLEQUIN
Ceux que le dieu d'hymen a pris au trébuchet
Ne sont pas si sûrs de leur fait ; Et tel se voit d'enfants une longue couvée , Qui n'a fait que prêter son nom h la nichée.
Sans aller en justice exposer les défauts
De ces maris froids ou brutaux,
Quand un nouveau venu me plaisoit davantage , Je rompois net mon mariage , Sans craindre que, par des arrêts, On eût droit de me mettre en cage ;
Et le printemps suivant, j'allois dans un bocage Me marier sur nouveaux frais.
ARLEQUIN, à ritalien.
Prends vite de ma main cette femme prudente ; Pour ne pas effleurer ta réputation , Tu la verras changer de maris plus de trente, Avant de demander la séparation.
l'iT ALIE]Y.
Monsieur, je la prendrai; mais souvenez -
que.... (Il chante. )
Je suis oui, je suis non;
Selon l'occasion ,
La chose est incertaine :
Je suis toujours oui Chez la femme d'autrui ; Mais je suis non avec la mienne.
ARLEQUIN chante.
Dedans tes champs sème , arrose , défriche ; Plante en tout temps , si tu veux être riche : Mais
A laisser sa femme en friche , On ne s'appauvrit jamais.
l'italien.
Mais si l'incomplaisance me prenoit ?