SCENE III
ROGER
Rien ne m'est impossible. Par la vertu de cette baguette , je découvre les eaux et les trésors les plus cacbés; c'est avec cette baguette que je suis les meurtriers a la piste, par mer et par terre; et c'est enfin avec cette baguette que je retrouve les maris perdus.
MÉLISSE
Est-il possible ? Je crois que sans moi vous n'auriez guère de pratiques; car un mari est un meuble qui ne se perd pas aisément , et je n'ai point encore vu d'afficbes pour des maris perdus.
ROGER
Mais il est bon de vous avertir que ma baguette n'a de vertu que sur des maris d'une certaine espèce. Parlez-moi franchement : avez-vous toujours été bien fidèle au votre ?
MELI SSE
Si j'ai été fidèle? J'aurois dévisagé un homme qui auroit eu la hardiesse de me regarder seulement entre deux yeux.
ROGER
Tant pis ! je ne saurois rien faire pour vous.
MÉLISSE
Et pourquoi ?
ROGER
c'est que ma baguette est un présent qui m'a été fait par Vulcain : elle n'a point de vertu sur les maris dont les femmes ont été fidèles; mais quand elle
8o LA BAGUETTE DE VULCAIN.
approche d'un mari tant soit peu vulcanisé.... Voyez, examinez bien votre conduite. Pour peu que vmis ayez écorné la fidélité matrimoniale, je vous réponds de retrouver votre mari.
MÉLISSE
Et mais.... mais....
ROGER
Allez, allez; parlez en toute assurance.
MÉLISSE
Il venoit chez nous autrefois un certain petit plumet, qui étoit terriblement sémillant. Monsieur, est-ce assez pour la baguette ?
ROGER
Oh ! non , non.
MÉLIS SE.
J'ai reçu aussi des présents d'un banquier qui faisoit tout ce qu'il pouvoit pour faire profiter son argent auprès de moi. Monsieur, est-ce assez pour la baguette ? -
ROGER
Eh 1 non ! vous dis-je , non.
MÉLISSE
Oh dame ! s'il faut tant de choses !
ROGER
Mais que diable! il faut ce qu'il faut, une fois.
MÉLI SSE
Attendez , attendez.
ROGER
Hé ! la, voyez , voyez.