SCENE IIL I Ni prendre garde à trois ou quatre mois
NIGAUDIN.
C'est pourtant le hic de l'affaire.
C'est ce qui fait que bien souvent On n'est pas père d'un enfant, Quoiqu'on soit mari de sa mère.
ROGER
Tu n'éprouves pas seul un pareil accident;
Et si l'on comptoit bien l'absence ou la présence
De la plupart de nos maris,
On trouveroit que dans Paris Il seroit peu d'enfants dont la naissance
Ne vînt ou trop tôt ou trop tard , A moins que l'on ne fît un almanach bâtard.
N I G A u D I lY.
Vous ne croyez donc pas que la progéniture Soit tout-à-fait de ma manufacture ?
ROGER
Il faut toujours s'en faire honneur,
Et peut-être en es-tu l'auteur.
Il est des enfants vifs qui cherchent la lumière
Presque aussitôt qu'ils sont conçus; Et les femmes d'esprit sur pareille matière '
Font aisément des impromptus.
jVIGAUDIJy.
Cet enfant est venu , tout franc , trop à la hâte , Et je crois n'avoir pas mis la main à la pâte.
ROGER
Mais quel âge avoit-il ?
io8 L'AUGMENTATION DE LA BAGUETTE.
Je VOUS l'ai déjà dit;
Quatre mois et demi.
ROGER
Qu'est-ce qu'il me lanterne?
Ton enfant est produit à terme.
A quoi bon faire tant de bruit?
Quatre mois et demi de jour, autant de nuit ; A neuf mois le total se monte.
Hé bien , n'est-ce pas là ton compte ?
Vous avez raison cette fois.
Je suis bien plus heureux que je ne le pensois.
Viens , ma pouponne ;
Viens, ma bouchonne, Que je répare ton honneur.
ROGER
Le Druide va te calmer l'esprit par un petit couplet de chanson.
LE DRUIDE chante.
Vous n'avez pas besoin qu'on vous console; Elle a tout l'air d'une femme d'honneur : J'en jurerois presque sur sa parole; Mais j'aime mieux jurer sur sa laideur, '
ROGER chante.
Air : O le bon vin ! tu as endormi ma mère.
Au temps passé, On n'aclietoit que les belles;
Mais tout a changé, Toureloure, loure, loure; li ne reste point de bête au marché.