SCENE IV
Oui, l'nmour s'est mis en embuscade sur le grand chemin de mon cœur, pour Tassaillir et le détrousser. Il est fëru si très profondément, que je ne puis m'excuser de la mort, si dans bref l'emplâtre de ses faveurs n'y donne allégement.
DARIOLETTE.
Il y a tout plein de ces agonisants -la qui tombent en pâmoison à l'aspect des jolies demoiselles. On sait bien ce qu'il faudroit pour les faire revenir; mais la plupart sont des traîtres qui ne cherchent qu'à emprunter certaines choses qu'ils ne rendent jamais.
PÉRI ON
Oh , diable ! mes intentions sont dans l'équilibre de la pudeur. Si je pourchasse ta maîtresse, c'est en toute loyauté et droiture. Je ne voudrois que lui dire deux mots.
DARTOLETTE.
Parler à ma maîtresse ! Ah , seigneur ! cela est impossible.
P E R I O N , lui donnant une bourse.
Tiens , tiens , cela rendra peut-être la chose plus facile.
DARIOLETTE.
Il faudroit donc que ce fût la nuit , afin de n'être vu de personne. Car il y a une loi dans ce pays furieusement sévère contre une fille qu'on rencontre avec un garçon ; et le bûcher est toujours tout prêt pour
les brûler tous deux sans autre forme de procès. Dame ! dans les Gaules , on est terriblement roide sur l'honneur.
PÉRIOTf.
On traite les filles plus humainement en mon pays, et si on brûloit toutes celles qui ont délinqué , le bois y manqueroit tous les hivers. Mais tu n'as rien à craindre ; dès à présent j'épouse ta maîtresse.
DARIOLETTE.
Bon ! on voit tant de ces épouseux-là qui amusent les filles avec des promesses banales de mariage! îh n'ont pas plus tôt obtenu quelques gracieusetés, que tout le mariage s'en va à vau-l'eau. Pendant ce tempslà, une pauvre fille en a pour son compte.
PÉRION
Comment ! tu doutes encore de ma fidélité ? Ecoute.
( Il tire son épée. )
Je jure par ce fer , dont nul géant n'échappe ,
Par qui maint félon fut occis ,
De ne boire jus de la grappe ,
Ni de ne manger pain sur nappe , Que d'Élizène enfin je ne sois le mari ,
Si j'obtiens l'obligeante étape, Autrement dit , le don d'amoureuse merci.
D ARIOLETTE.
Or , maintenant réjouissez-vous ; je vais tâcher de mettre fin à tant glorieuse entreprise , et envers la minuit, je vous ferai ébattre en propos joyeux avec votre maîtresse.