Oeuvres complètes
Il existe un très grand nombre d'éditions des OEuvres de Regnard, le second de nos comiques, mais pas une seule qui ait été donnée ou revue par l'auteur. Il est même présumable , d'après l'incorrection du texte des éditions originales et partielles de ses comédies , qu'il n'en a pas surveillé la première impiession.
L'édition publiée en 1790 par les soins de feu M. le marquis Garnier, avait fait oublier toutes celles qui l'avaient précédée. C'est cette édition de 1790 qui a constamment servi de base à* toutes les réimpressions qui ont été faites jusqu'en 1820. Dans cette même année parurent deux nouvelles éditions : l'une fut encore une réimpression fidèle de l'édition de 1 790 ; l'autre , publiée par un éditeur soigneux, qui cependant a eu le malheur de prendre pour Vcdi-
vj AVERTISSEMENT.
tion originale de 1731 une mauvaise contrefaçon de cette édition'*^, est déparée par les plus choquantes incorrections. Une faut point accuser cet éditeur de négligence ; la découverte de l'existence de cette contrefaçon est toute récente : elle est due à une rencontre fortuite faite par M. Beuchot.
Dans l'édition que nous publions, on a rectifié par des notes les erreurs relatives à des faits historiques ; mais le texte de Fauteur a toujours été religieusement respecté , et les notes du comte Germain Garnier conservées. Les dates souvent fautives ont été rétablies. Une Table alphabétique des matières a été placée à la fin du premier volume , pour tenir lieu
* Nous disons mauvaise contrefa^orif parce qu'il nous paraît évident que la seconde impression de ijSi n'est rien autre chose; parce qu\me contrefaçon est toujours mauvaise, et que celle-ci Test plus que toute autre.
Les fastes de la bibliographie offrent , il est vrai , quelques exemples de contrefaçons plus estimées que les e'ditions originales; mais ces cas sont si rares qu'ils confirment encore le principe. C'est sans doute quelqu'une de ces rares contrefaçons, dans lesquelles on ne retrouve pas les fautes d'une e'diti on originale , qui a donne' l'ide'e de l'e'pigramme suivante, qui, pour être très connue, n'en est pas moins une des plus jolies de l'espèce :
Cest elle !.... Dieu , que je suis aise ! Oui , c'est la bonne édition :
Voilà bien , pages neuf et seize, Les deux fautes d''impression Qui ne sont pas dans la mauvaise !
AVERTISSEMENT. vij de la division que l'auteur a omis de marquer dans ses Voyages.
On remarquera dans les Poésies de nombreuses Variantes; les Notes qui les accompagnent prouveront les changemens coupables que se sont permis d'anciens éditeurs qui se sont crus autorisés à corriger le texte souvent fautif de Regnard , et qui y ont même interpolé des vers entiers. Ses correcteurs n'auraient pas mis tant de zèle , sans doute , à châtier sa versification , s'ils avaient retenu ce passage qu'il leur adressait après avoir écrit ces deux vers :
Je sais trop comme tout va ; L'envie jamais ne mourra.
« Vous qui vous escrimez de la rime , vous allez « dire qu'il y a un e de trop dans ce vers : je le sais « aussi bien que vous ; mais si on ne me donne cette « licence et de pareilles , je quitte dès à présent le mé- « tier de poète de la troupe , que je fais à mon grand « regret, et aux dépens de mes ongles, qui sont déjà « assez courts. Je ne suis que trop rebuté de la pro- M fession ; et sans les petits profits que nous autres « rimailleurs attrapons auprès des filles , il y aurait « long-temps que j'aurais vendu ma charge à bon « marché. »
Enfin , on trouvera dans cette édition des Scènes du Théâtre-Italien, et un Abrégé de l'Histoire du Théâtre-Français par les frères Parfaict , qui ne se
viij AVERTISSEMENT.
rencontrent dans aucune autre édition. M. Befi ara. auteur d'une intéressante Dissertation surJ,-B. Poquelin Molière^ s'est livré à des recherches semblables relativement à Regnard ; il nous a permis d'enrichir notre édition de son travail, et nous nous em pressons d'en faire jouir le public.