‹ Œuvres completesChapitre 213 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la confiance en Dieu et de la douleur d'avoir péché.

Ayez un vif regret de vos péchés, comme autant d'olfenses commises envers Dieu ; mais que ce soit avec confiance en sa miséricorde, et sans sucoombrr sous le poids de votre misère. Judas se repentit de son crime ; mais il n'y appliqua pas le remède, parce qu'il perdit resj)érance du pardon.

Avant que vous commettiez un [léclié, l'Espril-Saint vous l'exagère en quelque sorte et l'aggrave à vos yeux. Mais après que vous l'avez commis, il semble le diminuer en vous facilitant les moyens d'en obtenir le pardon. Le malin esprit, au contraire, fait paraître moindre le jiéché qu'il veut que nous commettions ; mais l'avons-nous consommé, il se plait à nous en grossir la dilformité pour nous jeter dans le désespoir. C'est ainsi qu'il rend ililficile la conversion du pécheur en l'empêchant de *

reconnaître promptement ses fautes, en lui troublant l'imagination et l'excitant à de nouveaux péchés pour l'étourdir sur ses remords et sur l'esclavage honteux où le retiennent ses passions.

La tristesse excessive qui accompagne lo péché peut être causée par l'orgueil. Un mauvais arbre ne porte que de méchants fruits. Le repentir qui vient de présomption ne peut qu'être la source d'une infinité de péchés. En rougissant de votre misère, connaissez la miséricorde du Seigneur. Elle est plus puissante pour vous fortifier que votre misère ne l'est pour vous confondre.

Dieu voit avec une grande satisfaction que le pécheur ait recours à sa clémence. Espérez tout de sa pilié ; ne la mesurez pas à vos sentiments. Ne pensez point qu'il ait un cœur vindicatif ni sujet à la colère, Dieu n'est que paix et que douceur. Croyons-nous que, seinljlable aux hommes, il se rebute d'abord de notre inconstance? Ne nous le figurons pas différent de ce qu'il est. C'est un maître plein de compassion, toujours prêta pardonner, et qui a des entrailles de père.

Ayez de l'horreur pour tous les péchés, quoique Dieu les pardonne. Mais redoutez principalement ceux qui laissent dans l'âme des vestiges durables, et qui entretiennent les méchantes habitudes et fomentent les passions.

Craignez de pécher, comme si vous ne deviez point es|iérer de rémission. Quand vous aurez péché, courez d'abord à Dieu comme au souverain remède, avec autant de confiance que si vous ne l'aviez jamais oH'ensé et que vous l'eussiez toujours servi fidèlement. Présentez-vous à lui avec une douleur profonde et une extrême confusion, mais sans mélancolie, sans humeur sombre, sans abattement excessif.

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