‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 4 sur 170 · Auteur de Polexandre et de plusieurs autres romans · texte numérisé non relu

Auteur de Polexandre et de plusieurs autres romans

*. Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal, sœur dugramJ ArnanJ*'

que l'on mette devant eux du pain des valets et du cidre. L'ordre s'exécute. Ces bons pères, qui avoientbu chacun un coup, sont bien étonnés de ce changement. Ils prennent pourtant la chose en pa^ tience, et se couchent, non sans admirer le soin qu'on prenoit de leur faire faire pénitence. Le lendemain ils demandèrent à dire la messe, ce qu'on ne put pas leur refuser. Comme ils la disoient, M. de Bagnols entra dans l'égMse , et fut bien surpris de trouver le visage d'un capucin de ses païens, dans celui que l'on prenoit pour le père Maillard. M. de Bagnoh avertit la mère Angélique de son erreur, et l'assura que ce père et ut un fort bon religieux, et même dans le cœur assez ami de la vé. ité. Que fit la mère Angélique? Elle donna des ordres tout contraires à ceux du jour de devant. Les capucins furent conduits avec honneur de l'église dans le réfectoire, où ils trouvèrent un bon déjeuner qui les attendoit, et qu'ils mangèrent de fort bon cœur , bénissant Dieu qui ne leur avoit point fait manger leur pain blanc le premier.

Voilà, monsieur, comme vous avez traité Desmarêts, et comme vous avez toujours traité tout le monde : qu'une femme fût dans le désordre , qu'un homme fût dans la débauche , s'ils se disoient de vos amis, vous espériez toujours de leur salut; s'ils vous étoientpeu favorables, quelque vertueux qu'ils fussent, vous appréhendiez toujours le jugement de Dieu pour eux. La science étoit traitée comme la vertu : ce n'étoit pas assez , pour être savant , d'avoir étudié toute sa vie , d'avoir lu tous les auteurs ; il falloit avoir lu Jansénius , et n'y avoir point lu les propositions.

Je ne doute point que vous ne vous justifiiez par l'exemple de quelque Père : car, qu'est-ce que vous ne trouvez point dans les Pères? Vous nous direz que saint Jérôme a loué Rufin comme le plus savant homme de son siècle, tant qu'il a été son ami; et qu'il traita le même Rufin comme le plus ignorant homme de son siècle , depuis qu'il se fut jeté dans le parti d'Origène. Mais vous m'avouerez que ce n'est pas cette inégalité de sentiment qui l'a mis au rang des saints et des docteurs de l'Église.

Et, sans sortir encore de l'exemple de Desmarêts, quelles exclamations ne faites-vous point sur ce qu'un homme qui a fait autrefois des romans, et qui confesse, à ce que vous dites, qu'il a mené une vie déréglée , a la hardiesse d'écrire sur les matières de la religion! Dites-moi, monsieur, que faisoit dans le monde M. Le i\raistre? Il plaidoit, il faisoit des vers; tout cela est également profane, selon vos maximes. Il avoue aussi dans une lettre qu'il a été dans le dérèglement, et qu'il s'est retiré chez vous pour pleurer ses crimes. Comment donc avez-vous souffert qu'il ait tant fait de traductions, tant de livres sur les matières de la grâce! Ho, ho! direz-vous, il a fait auparavant une longue et sérieuse pénitence. U a été deux ans entiers à bêcher le jardin, à faucher les prés,

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