RACINE III
546 FR^GMENS HISTORIQUES.
On disoiL que le cardinal de Richelieu, dans le dessein de se faire patriarche en France, avoit fait faire par M. Dupuy le livre des Libertés de l'Église gallicane. Il parut un livre intitulé Optatus Gallus^ contre le livre de M. Dupuy. Marca répondit à ce livre par ordre du cardinal et ce fut le sujet qui lui fit faire son livre do Concordia sacerdotii et imperii, l'an 1641. La même année, le roi le nomma à l'évêché de Couserans. On lui refusa assez longtemps ses bulles , v cause de ce livre, dont plusieurs endroits avoient choqué la cour de Rome. Après la mort d'Urbain VIII, Innocent X fit encore examiner ce livre , et apportoit bien des longueurs aux bulles de Marca, qui en ce temps-là même fit un écrit pour expliquer son dessein sur la publication du livre de Concordia^ etc. , le soumettre à l'autorité et à la censure du saint-siége, et prouver que les rois étoient les défenseurs , et non pas les auteurs des canons ; que les libertés de l'Église gallicane consistnient dans la pratique des canons et des décrétales, et beaucoup d'autres choses peu avantageuses aux rois. Il envoya ce dernier livre à Innocent X, avec une lettre où il désavouoit beaucoup de choses qu'il avoit avancées dans le premier, demandoit pardon des fautes où il étoit tombé, et déclaroit qu'à l'avenir ii soutiendroit de toute sa force les droits de l'Église : tout cela , comme il l'avouoit lui-même dans une autre lettre, pour avoir ses bulles, qu'il eut en 1647. Il n'étoit que tonsuré ; il se fit ordonner prêtre après avoir reçu ses bulles à Barce« lone, où autrefois saint Paulin fut ordonné prêtre, mais malgré lui.
Peu de temps après , il écrivit de Singulari primaht Pétri , pour faire plaisir à Innocent X , ensuite une lettre sur l'autorité des papes envers les conciles généraux.
En 1644, il avoit été fait visiteur général de la Catalogne, avec une juridiction sur les troupes, et avec le soin des finances. En 1651 , il partit de Barcelone, et fit son entrée à Couserans. L'année d'après , ir fut nommé à l'archevêché de Toulouse. Il écrivit fort humblement à Innocent X pour avoir ses bulles , et se comparoit à un Kxupère qui, ayant été, disoit-iï, président en Espagne, fut élevé par Innocent I" à l'évêché de Toulouse. Sur quoi Baluze remarque que son Mécénas (car c'est ainsi qu'il appelle toujours Marca] fit un mensonge de dessein formé pour chatounler les oreilles du pape : car l'Exupère qui fut évêque de Toulouse n'étoit point l'Exupère qui exerça la magistrature en Espagne. Balure rapporte qu'ayant appris qu'un auteur l'avoit accusé de s'être trompé sur ce fait d'histoire, il rioitde la simplicité de cet autour, qui n'avoit p«s pris garde qu'il s'agissoit d'avoir ses bulles, et qu'il fallcit tromper le pape, qui ne lui étoit pas d'aiDeurs fort favorable.
Le pape le soupçonnoit fort mal à propos d'êt^-e janséniste, et ne lui envoyoit point ses bulles; raai.s heureusement ce pape ayant pu-
blié alors sa Constitution contre Jansénius, et Marca l'ayant reçue avec grande joie, on lui envoya ses huiles.
En l65!i, il fut député à l'assemblée du clergé, où il soutint si vigoureusement les intérêts du saint-siége , que le pape Alexandre VIT l'en remercia par un bref. C'étoit lui qui écrivoit toutes les lettres du clergé au pape.
Comme il avoit honte d'être si longtemps absent de son diocèse, pour lever son scrupule, on le fît ministre d'État. Durant les conférences de la paix, il fut un des commissaires pour régler les limites des deux royaumes du côté des Pyrénées. Ses décisions furent suivies, c'est-à-dire que les comtés de Roussillon, de Conflans, le Capsir et le Val de Quérol, avec une grande partie de la Cerdagne. demeurèrent à la France. Après la mort du cardinal, le roi le mit de son conseil de conscience, avec l'archevêque d'Auch, l'évèque de Hodez ' , et le père Annat. Peu de temps après , il fit un traité de l'infaillibilité du pape , qui est son dernier ouvrage.
Le l'o février î662, la duchesse de Retz apporta au roi la démission du cardinal de Retz pour l'archevêché de Paris, qu'il avoit signée à Coramercy le 13 février. Le jour même, le roi appela Marca dans son cabinet, lui dit qu'il le faisoit archevêque de Paris, et écrivit lui-même au pape pour avoir ses bulles. Marca tomba malade le jO mai suivant, reçut le 12 juin des lettres de Rome qui l'assuroient de sa translation à l'archevêché de Paris, en témoigna une grande joie, et mourut le 28 juillets laissant un fils, qui avoit sa charge de premier président, et l'abbaye de Saint-Albin d'Angers. Marca mourut à soixante-deux ans, et fut enterré dans le chœur de Notre-Dame, au-dessous du trône archiépiscopal.