LA VIE DE SAINT POLYCARPE
FRAGMENS TRADUITS D'eUSÈBE.
Voici comine Irénée parle de saint Polycarpe dans son troisième livre des Hérésies.
Polycarpe non- seulement a été instruit par les apôtres, et a eu une étroite liaison avec un grand nombre de ceux qui ont vu Jésus- Christ; mais même les apôtres l'ont ordonné évêque de Smyrne en Asie. Nous l'avons vu nous-mêmes dans nos premières années, car il a vécu fort longtemps, et après être parvenu jusqu'à une extrême vieillesse, il a enfin couronné sa vie par un très-illustre et très-glorieux martyre.
Il n'a jamais enseigné d'autre doctrine que celle qu'il avoit rpçue des apôtres, et que nous recevons de l'Église, comme en effet il n'y a que celle-là seule qui soit véritable. Aussi toutes les églises de l'Asie, et ceux qui jusques aujourd'hui ont été assis dans la chaire de Polycarpe, témoignent assez, par leurs sentimens et par leur conduite, combien ce grand homme a été un témoin plus vénérable et plus fidèle de la vérité que Valentin, Marcion, et autres semblables prédicateurs du mensonge.
Ce fut lui qui, étant venu à Rome sous le pontificat d'Anicet, ramena à l'Église de Dieu plusieurs de ceux que ces malheureux hérétiques avoieiit arrachés de son sein, publiant partout qu il n'avoit reçu des apôtres que la seule et unique vérité qui étoit enseignée par l'Église.
Il y a encore aujourd'hui des personnes qui lui ont autrefois entendu dire que Jean, le disciple du Seigneur, étant à Éphèse, al'oit un jour pour se laver, et qu'ayant trouvé Cerinlhe dans le bain, il en sortit aussitôt avant que de s'être lavé, eu disant : « Relironsnous promplement, de peur que le bain où est Cerinthe, cet ennemi de la vérité, venant à tomber, nous ne nous trouvions enveloppés dans ses ruines. »
Aus'^i Polycarpe ayant rencontré un jour Marcion,qui se présenta devant lui en lui dis,iut: « Voilà Marcion devant vous; il faut qu'aujourd'hui vous le connoissiez, — Je vous connois déjà bien, lépondit-il, je sais que vous êtes le fils aîné du démon. » Tant les apôtres et leurs disciples ont fait scrupule d'avoir le moindre commerce, non pas même d'un simple entretien, avec les hérésiarques qui falsifiûient et corrompoient la vérité ecclésiastique.
Nous avons aussi une excellente lettre que Polycarpe écrivit aux Philippiens, et c'est là que tous ceux qui oni quelque soin de leur
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salut peuvent apprendre, s'ils veulent, quelle a été la foi que ce grand saint a tenue, et la vérité qu'il a enseignée.
Le bienheureux Polycarpe étant venu à Rome sous le pontificat d'Anicet, ils traitèrent ensemble sur ([uelques petits dillérends qui étoient entre eux, et ils les accordèrent aussitôt ne voulant pas même entrer dans une dispute contentieuse touchant le jour de la célébration de la Pàque , qui éloit leur principal différend: car Anicet ne pouvoit pas persuader à Polycarpe de ne point garder une coutume qu'il avoit toujours pratiquée avec Jean, le disciple de Notre-Seigneur, ft avec les autres apôtres en la compagnie desquels il avoit vécu, non plus que Polycarpe ne pouvoit pas persuader à Anicet de ne point garder une coutume qu'il disoit avoir été pratiquée par tous les prêtres, c'est-à-dire par tous les prélats de son Église qui avoient été ses prédécesseurs.
Ils communiquèrent donc ensemble comme amis et comme frères, et Anicet laissa célébrer dans l'église, à Polycarpe, le mystère de l'eucharistie, pour le respect qu'il lui portoit. Enfin ils se séparèrent en paix l'un de l'autre; et ceux qui observoient la coutume de Rome , ou qui ne l'observoient pas , demeurèrent dans l'union de l'Église universelle.