ÉPÎTRE DE SAINT POLYCARPE
point capables de suivre que de bien loin la sagesse de l'illustre et bienheureux Paul, qui , vous ayant autrefois honorés de sa présence , vous a si parfaitement instruits, et si puissamment affermis dans les paroles de la vérité, et qui même, lorsqu'il étoit éloigné de Philippes, a écrit des lettres si excellentes. Si vous les lisez et les considérez avec soin, vous pourrez vous établir de plus en plus dans la foi qui vous a été donnée de Dieu; cette foi est la mère qui vous a tous enfantés, qui est suivie de l'espérance, précédée et conduite par l'amour envers Dieu, Jésus-Christ et le prochain; car quiconque est animé de ces trois vertus a accompli les préceptes de la justice évangélique , puisque celui qui est possédé de l'amour divin est éloigné de tout péché.
Au contraire , l'avarice est la source de tous les maux. Souvenonsnous doxic que nous n'avons rien apporté dans le monde, et que nous n'en emporterons rien aussi. Armons-nous des armes de la justice. Apprenons premièrement à marcher dans les commanderaens du Seigneur; et après cela, instruisez vos femmes à marcher aussi dans la foi qui leur a été donnée de Dieu, dans la charité et dans la pureté ; qu'elles aient toujours un amour sincère et véritable pour leurs maris, et une charité qui se répande également sur tous les autres et qui soit accompagnée d'une parfaite continence; qu'elles instruisent leurs enfans dans la connoissance et dans la crainte de Dieu.
Que les veuves se conservent chastes et modestes, et marchent dans la foi du Seigneur : qu'elles prient continuellement et pour tout le monde ; qu'elles soient éloignées de toutes sortes de calomnies, de médisances, de faux témoignages, d'avarice et de péché; et qu'elles se représentent sans cesse qu'elles sont les autels vivans de Di^u.
Considérons que l'on ne se moque point de Dieu, et menons une vie qui soit conforme à ses commandemens et qui puisse servir à sa gloire.
Que les diacres se rendent toujours irrépréhensibles en la présence de sa justice, et qu'ils vivent comme des ministres de Dieu en Jesus-Christ, et non pas comme des ministres des hommes.
Pour vous autres, mes frères, soyez soumis aux prêtres et aux diacres comme à Dieu et à Jésus-Christ.
Et vous, vierges, que votre conduite soit irréprochable, et que votre conscience soit toute chaste et toute pure.
Que les prêtres soient pleins de charité, de tendressQ, pure et de compassion envers tout le monde; qu'ils ramènent dans le chemin du salut ceux qui en sont égarés; qu'ils visitent tous les malades; qu'ils ne négligent ni la veuve, ni l'orphelin, ni le pauvre; mais qu'ils aient soin de faire toutes sortes de bonnes œuvres devant Dieu et devant les hommes. Qu'ils s'abstiennent de toute colère.
AUX PHILIPPIENS. 293
de tout égard aux différentes conditions de personnes, et de tout jugement injuste; qu'ils soient éloignés de toute avarice-, qu'ils ne croient pas facilement le mal que l'on dit contre quelqu'un: qu'ils ne soient point précipités dans leur jugement; qu'ils ne donnent jamais aucun sujet de scandale; qu'ils évitent les faux frères et ceux qui se servent du nom du Seigneur pour couvrir leur hypocrisie , et tromper les simples.
Car quiconque ne confesse point que Jésus-Christ est venu en une véritable chair est un anteclirist; quiconque ne confesse point le martyre de la croix est enfant du diable : et quiconque altère les paroles du Seigneur pour les accommoder à ses propres passions, en niant le jugement à venir, est le fils aîné de Satan.
Fuyons donc les vaines et fausses doctrines de ces corrupteurs, et embrassons la vérité que nous avons reçue par tradition dès le commencement de l'Évangile: soyons vigilans dans les prières, infatigables dans les jeûnes, demandant continuellement à Dieu, à qui rien n'est caché, qu'il ne nous laisse point tomber dans la tentation, le Seigneur ayant lui-même dit que l'esprit est vif , mais que la chair est infirme.
Je vous exhorte tous d'écouter avec une entière docilité la parole de la justice, et de faire tods vos efforts pour imiter cette admirable patience que vous avez vu pratiquer de vos propres yeux, nonseulement aux bienheureux Ignace , Zozirae et Rufe . mais à plusieurs autres de vos frères, au grand Paul lui-même et à tout le reste des apôtres; considérant que tous les saints n'ont pas couru en vain et sans récompense, mais qu'étant parvenus jusqu'au bout de la carrière de la foi et de la justice, ils y ont reçu le rang et la place qui leur étoit due près du Seigneur qu'ils avoient suivi dans ses souffrances, n'ayant point aimé le siècle présent, mais seulement celui qui est mort pour nous, et que Dieu a ressuscité pour nous.
Je me suis beaucoup affligé pour Valens, qui a été autrefois ordonné prêtre parmi vous, lorsque j'ai su combien il connoît peu la dignité à laquelle il a été élevé. El c'est pourquoi je vous conjure d'être exempts de toute avarice , d'être toujours chastes et sincères et de vous éloigner de tout péché : car comment celui qui ne sait pas se gouverner lui-même pourra-t-il instruire les autres?
Quiconque se laisse corrompre par l'avarice sera bientôt souillé de l'idolâtrie, et réputé entre les païens. Y a-t-il personne d'entre vous qui ne sache pas le jugement du Seigneur? Ignorons-nous que les saints jugeront le monde , selon que Paul nous l'apprend? Pour moi, je n'ai jamais cru ni entendu de vous aucune chose semblable. Aussi avez-vous été instruits par ce grand apôtre, et vous avez été les premiers honorés de ses lettres. C'est de vous qu'il se glorifie à toutes les Églises qui connoissoient Dieu en un temps où nous autres qui sommes a Smyrne ne le connaissions pas encore
Î94 ÊPITRE DE SAINT rOLYCAÎlPE.
Je ne puis donc, mes frères, ne point ressentir une extrême douleur pour ce Valens et pour sa femme, et je souhaite de tout mon cœur que Dieu leur donne la grâce d'une vérilaLle pénitence. Au reste, soyez doux et modérés envers eux, et ne les regardez pas comme vos ennemis, mais comme des membres malades et blessés que vous devez tâcher de guérir, afin que tout le corps de votre Église jouisse d'une parfaite santé. Et c'est en agissant de la sorte que vous opérerez vous-mêmes votre salut.
Je prie Dieu le Père de Noire-Seigneur Jésus-Christ, et Jésus- Christ lui-même, qui est le P'ils de Dieu et le grand prêtre éternel, de vous établir sur le fondement inébranlable de la vérité, de vous donner un esprit de douceur et exempt de toute colère, de vous faire marcher devant lui avec toute sorte de patience, de modération, de persévérance et de sûreté, et de vous faire part de la gloire de ses saints aussi bien qu'à nous et à tous ceux qui vivent maintenant sur la terre , et qui doivent croire un jour en Jésus-Christ Notre-Seigneur, et en son Père qui l'a ressuscité d'entre les morts.
Priez pour tous les saints; priez pour les rois, les puissances et les princes, pour ceux qui vous persécutent et vous haïssent, et pour les ennemis de la croix ; afin que , travaillant pour le salut de tout le monde, vous parveniez vous-mêmes, par ce moyen, au comble de la perfection.
Vous m'avez écrit, vous et Ignace, que si quelqu'un va d'ici en Syrie, nous y fassions tenir vos lettres. Je ne maniiuerai pas de le faire dès qu'il s'en présentera quelque occasion favorable.
Nous vous envoyons, comme vous l'avez déliré, les lettres d'Ignace, tant celles qu'il nous avoit adressées que toutes les autres que nous avions entre nos mains. Nous les avons mises à la suite de cette lettre ; et vous en pourrez tirer sans doute un très-grand profit. Car elles contiennent la véritable doctrine delà" foi, de ia patience, et de tout ce qui sert à l'édification de notre âme en Jésus- Christ Notre-Seigneur.
Je vous envoie cette lettre par Crescens, dont vous savez que je vous ai toujours recommandé le mérite, et que je vous recommande encore particulièrement; car il a mené une vie tout à fait irréprochable tant qu'il a été parmi nous, et je crois qu'il ne vivra pas avec vous d'une autre sorte. Je vous recommande aussi beaucoup sa sœur, lorsqu'elle sera arrivée en vos quartiers. Je souhaite que vous restiez toujours fidèles à Jésus-Christ, et que sa grâce vous remplisse tous. Amen.