ACTE iV, SCÈNE I
Je vais , en recevant sa foi sur les autels ,
L'engager à mon fils par des nœuds immortels. Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le reste ; Et, sauvant ma vertu, rendra ce que je doi A Pyrrhus , à mon fils , à mon époux , à moi. Voilà de mon amour l'innocent stratagème : Voilà ce qu'un époux m'a commandé lui-mèm.. J'irai seule rejoindre Hector et me- aïeux. Céphise , c'est à toi de me fermer les yeux.
GÉPKISE.
Ali! ne prétendez pas que je puisse survivre...
ANDROMAQUE
Non, non, je te défends, Céphise, de me suivie Je confie à tes soins mon unique trésor : Si tu vivois pour moi, vis pour le fils d'Hector. De l'espoir des Troyens seule dépositaire, Songe à combien de rois tu deviens nécessaire. Veille auprès de Pyrrhus ; fais-lui garder sa foi S'il le faut, je consens qu'où lui parle de moi. Fais-lui valoir l'hymen où je me suis rangée : Dis-lui qu'avant ma mort je lui fus engagée : Que ses ressentimens doivent être effacés : Qu'en lui laissant mon fils c'est l'estimer assez. Fais connoître à mon fils les héros de sa race ; Autant que tu pourras , conduis-le sur leur tracs : Dis-lui pa" quels exploits leurs noms ont -éclaté , Plutôt ce qu'ils ont fait que ce qu'ils ont été; Parle-lui tous les jours des vertus de son père, Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère. Mais qu'il ne songe plus , Céphise , à nous venger . Nous lui laissons un maître, il le doit niérr. Qu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste : Il est du sang d'Hector, mais il en est le re>:te: Et pour ce reste enfin j'ai moi-même, en un jour, Sacrifié mon sang , ma haine et mon amour.
Hélas!
ANDROMAQUE
Ne me suis point, si ton cœur en alarmes Prévoit qu'il ne pourra commander à tes larmes. On vient. Cache tes pleurs, Céphise: et souviens-toi Que le sort d'Andromaque est commis à ta foi. •
C'est Herraione. Allons, fuyous sa violence.
m ANDROMAQUE.