‹ Œuvres complètesChapitre 200 sur 418 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Les dieux ne montrent point que sa vertu les touche : D'aucun gage . Narcisse , ils n'honorent sa couche ; L'empire vainement demande un héritier

NARCISSE

Que tardez-vous, seigneur, à la répudier? L'empire, votre cœur, tout condamne Octavie. Auguste, votre aïeul, soupiroit pour Livie; Par un double divorce ils s'unirent tous deux ! , Et vous devez l'empire à ce divorce heureux. Tibère , que l'hymen plaça dans sa famille , Osa bien à ses yeux répudier sa fille. Vous seul, jusques ici, contraire à vos désirs N'osez par un divorce assurer vos plaisirs.

NÉRON

Et ne connois-tu pas l'implacable Agrippine?

Mon amour inquiet déjà se l'imagine

Qui m'amène Octavie. et d'un œil enflammé

Atteste les saints droits d'un nœud qu'elle a forme :

Et, portant à mon cœur des atteintes plus rudes.

Me fait un long récit de mes ingratitudes.

De quel front soutenir ce fâcheux entretien?

NARCISSE

N'êtes-vous pas, seigneur, votre maître et le sien? Vous verrons-nous toujours trembler sous sa tutelle? Vivez, régnez pour vous : c'est trop régner pour elle. Craignez-vous ? Mais , seigneur , vous ne la craignez pas . Vous venez de bannir le superbe Pallas, Pallas , dont vous savez qu'elle soutient l'audace.

NÉRON

Éloigné de ses yeux, j'ordonne, je menace,

J'écoute vos conseils, j'ose les approuver;

Je m'excite contre elle , et tâche à la braver ■

Mais, je t'expose ici mon âme toute nue,

Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue .

Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir

De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir:

Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire fidèle

Lui soumette en secret tout ce que je tiens d'elle:

Mais enfin mes efforts ne me servent de rien :

Mon génie étonné tremble devant le sien.

Et c'est pour m' affranchir de cette dépendance ,

Que je la fuis partout, que même je l'offense,

4 . Auguste répudia Scribonie ; et Livie, quoique enceinte de plusieurs mois, se sépara de Claude Tibère Néron, dont elle avait déjà un fils,

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Et que, de temps en temps, j'irrite ses ennuis «, Afin qu'elle m'évite autant que je la fuis. Mais je t'arrête trop : retire-toi , Narcisse ; Britannicus pourroit t' accuser d'artifice.

NARCISSE

Non, non; Britannicus s'abandonne à ma foi : Par son ordre, seigneur, il croit que je vous voi, Que je m'informe ici de tout ce qui le touche , Et veut de vos secrets être instruit par ma bouche Impatient surtout de revoir ses amours , Il attend de mes soins ce fidèle secours.

NÉRON

J'y consens ; porte-lui cette douce nouvelle : Il la verra.

NARCISSE

Seigneur, bannissez-le loin d'elle.

J'ai mes raisons , Narcisse ; et tu peux concevoir Que je lui vendrai cher le plaisir de la voir. Cependant vante-lui ton heureux stratagème ; Dis-lui qu'en sa faveur on me trompe moi-même , Qu'il la voit sans mon ordre. On ouvre; la voici. Va retrouver ton maître , et l'amener ici.

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