‹ Œuvres complètesChapitre 206 sur 418 · SCÈNE VI. — BRITANNICUS , JUNIE , NARCISSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — BRITANNICUS , JUNIE , NARCISSE

BRITANNICUS

Madame, quel bonheur me rapproche de vous? Quoi ! je puis donc jouir d'un entretien si doux? Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore! Hélas! puis-je espérer de vous revoir encore? Faut-il que je dérobe , avec mille détours , Un bonheur que vos yeux m'açcordoient tous les jours? Quelle nuitl Quel réveil! Vos pleurs, votre présence N'ont point de ces cruels désarmé l'insolence ! Que faisoit votre amant? Quel démon envieux M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux? Hélas ! dans la frayeur dont vous étiez atteinte, M'avez-vous, en secret, adressé quelque plainte? Ma princesse , avez-vous daigné me souhaiter? Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter? Vous ne me dites rien! Quel accueil! Quelle glace! Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce? Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi, trompé, Tandis que je vous parle, est ailleurs occupé. Ménageons les momens de cette heureuse absence.

JUNIE

Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance Ces murs mêmes , seigneur , peuvent avoir des yeux : Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.

BRITANNICUS

Et depuis quand, madame, êtes-vous si craintive? Quoi! déjà votre amour souffre qu'on le captive! Qu'est devenu ce cœur qui me jurcit toujours De faire à Néron même envier nos amours? Mais bannissez, madame une inutile crainte :

22G BKITANN1CUS.

La foi dans tous les cœurs n'est pas encore éteinte; Chacun semble des yeux approuver mon courroux : La mère de Néron se déclare pour nous. Borne, de sa conduite elle-même offensée....

JUNIE

Ah, seigneur! vous parlez contre votre pensée. Vous-même vous m'avez avoué mille fois Que Rome le louoit d'une commune voix ; Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

BRITANNICUS

Ce discours me surprend , il le faut avouer :

Je ne vous cherchois pas pour l'entendre louer.

Quoi! pour vous confier la douleur qui m'accable,

A peine je dérobe un moment favorable;

Et ce moment si cher , madame , est consumé

A louer l'ennemi dont je suis opprimé !

Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?

Quoi! même vos regards ont appris à se taire?

Que vois-je? Vous craignez de rencontrer mes yeux!

Néron vous plairoit-il? Vous serois-je odieux?

Ah! si je le croyois!... Au nom des dieux, madame,

Éclaircissez le trouble où vous jetez mon àme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?

JUNIE

Retirez-vous, seigneur; l'empereur va venir.

BRITANNICUS

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m' attendre?

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