SCÈNE VI. — BRITANNICUS, NARCISSE
BRITANNICUS
Ne m'as-tu point flatté d'une fausse espérance? Puis-je sur ton récit fonder quelque assurance , Narcisse ?
NARCISSE
Oui. Mais, seigneur, ce n'est pas en ces lieux Qu'il faut développer ce mystère à vos yeux. Sortons. Qu'attendez- vous?
BRITANNICUS
Ce que j'attends, Narcisse?
Hélas !
NARCISSE
Expliquez-vous.
Si , par ton artifice , Je pouvois revoir....
NARCISSE
Qui?
BRITANNICUS
J'en rougis. Mais enfin D'un cœur moins agité j'attendrois mon destin.
NARCISSE
Après tous mes discours, vous la croyez fidèle?
BRITANNICUS
Non, je la crois, Narcisse, ingrate, criminelle,
Digne de mon courroux; mais je sens, malgré moi.
Que je ne le crois pas autant que je le doi
Dans ses égaremens, mon cœur opiniâtre
Lui prête des raisons, l'excuse, l'idolâtre.
Je voudrois vaincre enfin mon incrédulité;
Je la voudrois haïr avec tranquillité.
Et qui croira qu'un cœur si grand en apparence,
D'une infidèle cour ennemi dès l'enfance,
Renonce à tant de gloire, et, dès le premier jour,
Trame une perfidie inouïe à la cour?
NARCISSE
Et qui sait si l'ingrate , en sa longue retraite , N'a point de l'empereur médité la défaite? Trop sûre que ses yeux ne pouvoient se cacher, Peut-être elle fuyoit pour se faire chercher, Pour exciter Néron par la gloire pénible