‹ Œuvres complètesChapitre 215 sur 418 · SCENE VIII. - NÉRON, BRITANNICUS, JUNIE · texte numérisé non relu

SCENE VIII. - NÉRON, BRITANNICUS, JUNIE

NÉRON

Prince , continuez des transports si charmans. Je conçois vos bontés par ses remercîmens , Madame : à vos genoux je viens de le surprendre. Mais il auroit aussi quelque grâce à me rendre : Ce lieu le favorise, et je vous y retiens. Pour lui faciliter de si doux entretiens.

BRITANNICUS

Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma joie Partout où sa bonté consent que je la voie; Et l'aspect de ces lieux où vous la retenez N'a rien dont mes regards doivent être étonnés.

NÉRON

Et que vous montrent-ils qui ne vous avertisse Qu'il faut qu'on me respecte et que l'on m'obéisse?

BRITANNICUS

Ils ne nous ont pas vus l'un et l'autre élever , Moi pour vous obéir, et vous pour me braver: Et ne s'attendoient pas , lorqu'ils nous virent naître , Qu'un jour Domitius me dût parler en maître.

NÉRON

Ainsi par le destin nos vœux sont traversés; J'obéissois alors, et vous obéissez.

Si vous n'avez appris à vous laisser conduire , Vous êtes jeune encore , et l'on peut vous instruire.

BRITANNICUS

Et qui m'en instruira?

NÉRON

Tout l'empire à la fois .

Rome.

BRITANNICUS

Rome met- elle au nombre de vos droits Tout ce qu'a de cruel l'injustice et la force, Les emprisormemens, le rapt, et le divorce?

230 BRITANNICUS

NÉRON

Rome ne porte point ses regards curieux Jusque dans des secrets que je cache à ses yeux ; Imitez son respect.

BRITANNICUS

On sait ce qu'elle en pense.

NÉRON

Elle se tait du moins : imitez son silence.

BRITANNICUS

Ainsi Néron commence à ne se plus forcer.

Néron de vos discours commence à se lasser.

BRITANNICUS

Chacun devoit bénir le bonheur de son règne.

NÉRON

Heureux ou malheureux, il suffit qu'on me craigne:

BRITANNICUS

Je connois mal Junie , ou de tels sentimens Ne mériteront pas ses applaudissemens.

NÉRON

Du moins , si je ne sais le secret de lui plaire , Je sais l'art de punir un rival téméraire.

BRITANNICUS

Pour moi , quelque péril qui me puisse accabler Sa seule inimitié peut me faire trembler.

NÉRON

Souhaitez-la; c'est tout ce que je puis vous dire.

BRITANNICUS

Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire.

NÉRON

Elle vous l'a promis , vous lui plairez toujours.

BRITANNICUS

Je ne sais pas du moins épier ses discours.

Je la laisse expliquer sur tout ce qui me touche ,

Et ne me cache point pour lui fermer la bouche.

NÉRON

Je vous entends. Hé bien, gardes!

JUNIE

Que faites-vous?

C'est votre frère. Hélas! c'est un amant jaloux. Seigneur , mille malheurs persécutent sa vie : Ah! son bonheur peut-il exciter votre envie? Souffrez que, de vos cœurs rapprochant les liens, Je me cache à vos yeux, et me dérobe aux siens. Ma fuite arrêtera vos discordes fatales-

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