SCÈNE III. — AGRIPPINE. JUNIE
AGRIPPINE
Madame, ou je me trompe, ou . durant vos adieux. Quelques pleurs répandus ont obscurci vos yeux. Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage? Doutez-vous d'une paix dont je fais mon ouvrage?
JUNIE
Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés,
Ai-je pu rassurer mes esprits agités ?
Hélas! à peine encor je conçois ce miracle.
Quand même à vos bontés je craindrois quelque obstacle,
Le changement , madame , est commun à la cour ;
Et toujours quelque crainte accompagne l'amour.
AGRIPPINE
Il suffit , j'ai parlé , tout a changé de face : Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place. Je réponds d'une paix jurée entre mes mains; N'éron m'en a donné des gages trop certains. Ah ! si vous aviez vu par combien de caresses Il m'a renouvelé la foi de ses promesses : Par quels embrassemens il vient de m'arrèter! Ses bras, dans nos adieux, ne pouvoient me quitter. Sa facile bonté , sur son front répandue , Jusqu'aux moindres secrets est d'abord descendue : Il s'épanchoit en fils qui vient en liberté Dans le sein de sa mère oublier sa fierté. Mais bientôt reprenant un visage sévère , Tel que d'un empereur qui consulte sa mère , Sa confidence auguste a mis entre mes mains Des secrets d'où dépend le destin des humains. Non , il le faut ici confesser à sa gloire , Son cœur n'enferme point une malice noire ; Et nos seuls ennemis , altérant sa bonté , JAbusoient contre nous de sa facilité : Mais enfin à son tour leur puissance décline ; IRome encore une fois va connoî#3 Agrippine; [Déjà de ma faveur on adore le bruit.
Cependant en ces lieux n'attendons pas la nuit : [Passons chez Octavie , et donnons-lui le reste [D'un jour autant heureux que je l'ai cru funeste. Vlais qu'est-ce que j'entends? Quel tumulte confus!
Que peut- on faire?
JUNIE
0 ciel , sauvez Britannicus !