‹ Œuvres complètesChapitre 238 sur 418 · SCÈNE III. — ANTIOCHUS. ARSACE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — ANTIOCHUS. ARSACE

Arsace, entrerons-nous?

ARSACE

Seigneur, j'ai vu la reine; Mais, pour me faire voir, je n'ai percé qu'à peine Les flots toujours nouveaux d'un peuple adorateur Qu'attire sur ses pas sa prochaine grandeur. Titus, après huit jours d'une retraite austère, Cesse enfin de pleurer Vespasien son père : Cet amant se redonne aux soins de son amour: Et, si j'en crois, seigneur, l'entretien de la cour, Peut-être avant la nuit, l'heureuse Bérénice Change le nom de reine au nom d'impératrice.

ANTIOCHUS

Hélas !

ARSACE

Quoi! ce discours pourroit-il vous troubler?

ANTIOCHUS

Ainsi donc, sans témoins je ne lui puis parler?

ARSACE

Vous la verrez, seigneur; Bérénice est instruite Que vous voulez ici la voir seule et sans suite. La reine d'un regard a daigné m'avertir Qu'à votre empressement elle alloit consentir; Et sans doute elle attend le moment favorable Pour disparoître aux yeux d'une cour qui l'accable.

ANTIOCHUS

Il suffit. Cependant n'as-tu rien négligé Des ordres importans dont je t'avois chargé?

ARSACE

Seigneur, vous connoissez ma prompte obéissance. Des vaisseaux dans Ostie armés en diligence, Prêts à quitter le port de momens en momens, N'attendent pour partir que vos commandemens, Mais qui renvoyez- vous dans votre Comagène?

ANTIOCHUS

Arsace, il faut partir quand j'aurai vu la reine.

ARSACE

Qui doit partir?

ANTIOCHUS

Moi.

ARSACE

Vous?

Racine i 17

258 BÉRÉNICE

ÀNTIOCHUS.

En sortant du palais, Je sors de Rcme, Arsace, et j'en sors pour jamais.

ARSACE

Je suis surpris sans doute, et c'est avec justice. Quoi! depuis si longtemps la reine Bérénice Vous arrache, seigneur, du sein de vos États; Depuis trois ans dans Rome elle arrête vos pas; Et lorsque cette reine, assurant sa conquête, Vous attend pour témoin de cette illustre fête, Quand l'amoureux Titus, devenant son époux, Lui prépare un éclat qui rejaillit sur vous....

ANTIOCHUS

Arsace , laisse-la jouir de sa fortune ,

Et quitte un entretien dont le cours m'importune.

ARSACE

Je vous entends, seigneur : ces mêmes dignités Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. L'inimitié succède à l'amitié trahie.

ANTIOCHUS

Non , Arsace , jamais je ne l'ai moins haïe.

ARSACE

Quoi donc ! de sa grandeur déjà trop prévenu Le nouvel empereur vous a-t-il méconnu?

Quelque pressentiment de son indifférence Vous fait-ii loin de Rome éviter sa présence?

ANTIOCHUS

Titus n'a point pour moi paru se démentir : J'aurois tort de me plaindre.

ARSACE

Et pourquoi donc partir ?

Quel caprice vous rend ennemi de vous-même? Le ciel met sur le trône un prince qui vous aime, Un prince qui , jadis témoin de vos combats , Vous vit chercher la gloire et la mort sur ses pas Et de qui la valeur, par vos soins secondée, Mit enfin sous le joug la rebelle Judée. Il se souvient du jour illustre et douloureux Qui décida du sort d'un long siège douteux. Sur leurs triples remparts les ennemis tranquilles Contemploient sans péril nos assauts inutiles; Le bélier impuissant les meuaçoit eu vain : Vous seul, seigoeur, vous seul, un? échelle à la main Vous portâtes la mort jusque sur ieurs murailles. Ce joar presque éclaira vos nronres funérailles :

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