‹ Œuvres complètesChapitre 243 sur 418 · SCÈNE V. — BÉRÉNICE, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — BÉRÉNICE, PHÉNICE

PHÉNICE

Que je le plains! Tant de fidélité, Madame , méritoit plus de prospérité.

Ne le plaignez-vous pas?

BÉBÉNICE.

Cette prompte retraite Me laisse, je l'avoue, une douleur secrète.

PHÉNICE

J« l'aurois retenu

BÉRÉNICE

Qui? Moi , le retenir!

J'en dois perdre plutôt jusques au souvenir. Tu veux donc aue je flatte une ardeur insensée?

PHÉNICE

Titus n'a point encore expliqué sa pensée. Rome vous voit, madame . avec des yeux jaloux:

iG* BÉRÉNICE.

La rigueur de ses lois m'épouvante pour vous : L'hymen chez les Romains n'admet qu'une Romaine ; Rome hait tous les rois, et Bérénice est reine.

BÉRÉNICE

Le temps n'est plus, Phénice, où je pouvois trembler Titus m aime: il peut tout; il n'a plus qu'à parler, Il veTa le sénat m'apporter ses hommages, Et le peuple de fleurs couronner ses images. De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur? Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur? Ces flambeaux, ce bûcher, cette nuit enflammée. Ces aigles , ces faisceaux , ce peuple , cette armée , Cette foule de rois, ces consuls, ce sénat, Qui tous de mon amant empruntoient leur éclat; Cette pourpre, cet or, que rehaussoit sa gloire, Et ces lauriers encor témoins de sa victoire ; Tous ces yeux qu'on voyoit venir de toutes parts Confondre sur lui seul leurs avides regards; Ce port majestueux, cette douce présence.... Ciel! avec quel respect et quelle complaisance Tous les cœurs en secret l'assuroient de leur foi! Parle : peut-on le voir sans penser comme moi , Qu'en quelque obscurité que le sort l'eût fait naître, Le monde en le voyant eût reconnu son maître? Mais, Phénice, où m'emporte un souvenir charmant? Cependant Rome entière, en ce même moment, Fait des vœux pour Titus, et, par des sacrifices, De son règne naissant consacre les prémices. Que tardons-nous? Allons, pour son empire heureux, Au ciel, qui le protège, offrir aussi nos vœux. Aussitôt, sans l'attendre, et sans être attendue, Je reviens le chercher, et dans cette entrevue Dire tout ce qu'aux cœurs l'un de l'autre contens Inspirent des transports retenus si longtemps.

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