‹ Œuvres complètesChapitre 248 sur 418 · SCÈNE IV. — TITUS, BÉRÉNICE, PAULIN, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — TITUS, BÉRÉNICE, PAULIN, PHÉNICE

BÉRÉNICE

Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret

De votre solitude interrompt le secret.

Tandis qu'autour de moi votre cour assemblée

Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée.

Est-il juste, seigneur, que seule en ce moment

Je demeure sans voix et sans ressentiment?

Mais, seigneur (car je sais que cet ami sincère

Du secret de nos cœurs connoit tout le mystère).

Votre deuil est fini, rien n'arrête vos pas,

Vous êtes seul enfin, et ne me cherchez pas!

J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème .

Et ne puis cependant vous entendre vous-même.

Hélas ! plus de repos, seigneur, et moins d'éclat :

Votre amour ne peut-il paroître qu'au sénat?

Ah, Titus! [car enfin l'amour fuit la contrainte

De tous ces noms que suit le respect et la crainte),

De quel soin votre amour va-t-il s'importuner?

N'a-t-il que des États qu'il me puisse donner?

Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche?

Un soupir, un regard, un mot de votre bouche.

Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien :

Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien.

Tous vos moraens sont-ils dévoués à l'empire?

Ce cœur, après huit jours, n'a-t-il rien à me dire?

Qu'un mot va rassurer mes timides esprits! Mais parliez- vous de moi quand je vous ai surpris? Dans vos secrets discours étois-je intéressée, Seigneur? étois-je au moins présente à la pensée?

TITUS

N'en doutez point, madame: et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes \eux. L'absence ni le temps, je vous le ure encore. Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous ador-.

272 BÉRÉNICE

BÉRÉNICE

Hé quoi, vous me jurez une éternelle ardeur,

Et vous me la jurez avec cette froideur !

Pourquoi même du ciel attester la puissance?

Faut-il par des sermens vaincre ma défiance?

Mon cœur ne prétend point, seigneur, vous démentir,

Et je vous en croirai sur un simple soupir

TITUS

Madame....

BÉRÉNICE

Hé bien, seigneur? Mais quoi! sans me répondre. Vous détournez les yeux , et semblez vous confondre ! Ne m'offrirez-vous plus qu'un visage interdit? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit : Bien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore?

Plût aux dieux que mon père , hélas ! vécût encore ! Que je vivois heureux!

BÉRÉNICE

Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.

Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire : Vous devez d'autres soins à Rome , à votre gloire De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvoit vous consoler : Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheurs pour vous persécutée, Vous ai-je, pour un mot, sacrifié mes pleurs? Vous regrettez un père : hélas ! foibles douleurs ! Et moi (ce souvenir me fait frémir encore) On vouloit m' arracher de tout ce que j'adore : Moi dont vous connoissez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment, Moi qui mourrois le jour qu'on voudroit m'interdire De vous....

TITUS

Madame, hélas! que me venez-vous dire?

Quel temps choisissez-vous? Ah! de grâce, arrêtez : C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.

BÉRÉNICE

Pour un ingrat, seigneur! Et le pouvez-vous être? Ainsi donc mes contés vous fatiguent peut-être?

TITUS

Non, madame : jamais, puisqu'il faut vous parler.

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