‹ Œuvres complètesChapitre 26 sur 418 · SCENE II. — ANTIGONE. HEMON, OLYMPE · texte numérisé non relu

SCENE II. — ANTIGONE. HEMON, OLYMPE

ANTIGONE

Hé bien? apprendrons -nous ce qu'ont dit les oracles? Que faut-il faire?

OLYMPE

Hélas !

ANTIGONE

Quoi? qu'en a-t-on appris?

Est-ce la guerre, Olympe?

OLYMPE

Ah! c'est encore pis!

HÉMON

Quel est donc ce grand mal que leur courroux annonce?

OLYMPE

Prince , pour en juger , écoutez leur réponse :

a Thébains, pour n'avoir plus de guerres, Il faut , par un ordre fatal , Que le dernier du sang royal Par son trépas ensanglante vos terres. »

ANTIGONE

0 dieux, que vous a fait ce sang infortuné? Et pourquoi tout entier Tavez-vous condamné? N'êtes-vous pas contents de la mort de mon père? Tout notre sang doit-il sentir votre colère?

HÉMON

Madame , cet arrêt ne vous regarde pas ; Votre vertu vous met à couvert du trépas : Les dieux savent trop bien connoître l'innocence.

ANTIGONE

Et ce n'est pas pour moi que je crains leur vengeance.

Mon innocence , Hémon , seroit un foible appui ;

Fille d'Œdipe , il faut que je meure pour lui.

Je l'attends, cette mort, et je l'attends sans plainte;

Et, s'il faut avouer le sujet de ma crainte,

C'est pour vous que je crains; oui, chpr Hémon, pour vous.

De ce sang malheureux vous sortez comme nous;

5 6 LA THÉBÂÏDE.

Et je ne vois que trop que le courroux céleste

Vous rendra, comme à nous, cet honneur bien funeste,

Et fera regretter aux princes des Thébains

De n'être pas sortis du dernier des humains.

HÉMON

Peut-on se repentir d'un si grand avantage? Un si noble trépas flatte trop mon courage; Et du sang de ses rois il est beau d'être issu, Dût-on rendre ce sang sitôt qu'on l'a reçu.

ANTIGONË.

Hé quoi! si parmi nous on a fait quelque offense, Le ciel doit-il sur vous en prendre la vengeance? Et n'est-ce pas assez du père et des enfans , Sans qu'il aille plus loin chercher des innocens? C'est à nous à payer pour les crimes des nôtres : Punissez-nous, grands dieux; mais épargnez les autres Mon père, cher Hémon, vous va perdre aujourd'hui; Et je vous perds peut-être encore plus que lui. Le ciel punit sur vous et sur votre famille Et les crimes du père et l'amour de la fille; Et ce funeste amour vous nuit encore plus Que les crimes d'Œdipe et le sang de Laïus.

HÉMON

Quoi! mon amour, madame? Et qu'a-t-il de funeste?

Est-ce un crime qu'aimer une beauté céleste ?

Et puisque sans colère il est reçu de vous,

En quoi peut-il du ciel mériter le courroux?

Vous seule en mes soupirs êtes intéressée ,

C'est à vous à juger s'ils vous ont offensée :

Tels que seront pour eux vos arrêts tout-puissans,

Ils seront criminels, ou seront innocens.

Que le ciel à son gré de ma perte dispose.

J'en chérirai toujours et l'une et l'autre cause ,

Glorieux de mourir pour le sang de mes rois ,

Et plus heureux encor de mourir sous vos lois.

Aussi bien que ferois-je en ce commun naufrage?

Pourrois-je me résoudre à vivre davantage?

En vain les dieux voudroient différer mon trépas :

Mon désespoir feroit ce qu'ils ne fieraient pas.

Mais peut-être, après tout, notre frayeur est vaine;

Attendons.... Mais voici Polynice et la reine.

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