‹ Œuvres complètesChapitre 273 sur 418 · SCÈNE VII. — TITUS , BERENICE , ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — TITUS , BERENICE , ANTIOCHUS

Venez, prince, venez, je vous ai fait chercher. Soyez ici témoin de toute ma faiblesse; Voyez si c'est aimer avec peu de tendresse. Jugez-nous.

ANTIOCHUS

Je crois tout : je vous connois tous deux. Mais connoissez vous-même un prince malheureux. Vous m'avez honoré, seigneur, de votre estime; Et moi, je puis ici vous le jurer sans crime, A vos plus chers amis j'ai disputé ce rang: Je l'ai disputé même aux dépens de mon sang. Vous m'avez malgré moi confié, l'un et l'autre, La reine, son amour, et vous, seigneur, le vôtre. La reine, qui m'entend, peut me désavouer; Elle m'a vu toujours ardent à vous louer. Répondre par mes soins à votre confidence. Vous croyez m'en devoir quelque reconnoissance : Mais le pourriez-vous croire, en ce moment fatal, Qu'un ami si fidèle étoit votre rival?

TITUS

Mon rival !

ANTIOCHUS

Il est temps que je vous éclaircisse Oui, seigneur, j'ai toujours adoré Bérénice. Pour ne la plus aimer j'ai cent fois combattu : Je n'ai pu l'oublier; au moins je me suis tu. De votre changement la flatteuse apparence M'avoit rendu tantôt quelque foible espérance . Les larmes de la reine ont éteint cet espoir. Ses yeux, baignés de pleurs, demandoient à vous voir : Je suis venu, seigneur, vous appeler moi-même; Vous êtes revenu. Vous aimez, on vous aime; Vous vous êtes rendu : je n'en ai point douté. Pour la dernière fois je me suis consulté; J'ai fait de mon courage une épreuve dernière; Je viens de rappeler ma raison tout entière : Jamais je ne me suis senti plus amoureux. Il faut d'autres efforts pour rompre tant de nœuds : Ce n'est qu'en expirant que je puis les détruire; J'y cours. Voilà de quoi j'ai voulu vous instruire. Oui , madame , vers vous j'ai rappelé »es pas •

298 BÉRÉNICE

Mes soins ont réussi, je ne m'en repens pas. Puisse le ciel verser sur toutes vos années Mille prospérités l'une à l'autre enchaînées ! Ou, s'il vous garde encore un reste de courroux ^ Je conjure les dieux d'épuiser tous les coups Qui pourroient menacer une si belle vie, Sur ces jours malheureux que je vous sacrifie.

Bérénice, se levant.

Arrêtez , arrêtez ! Princes trop généreux , En quelle extrémité me jetez-vous tous deux ! Soit que je vous regarde, ou que je l'envisage, Partout du désespoir je rencontre l'image; Je ne vois que des pleurs, et je n'entends parler Que de trouble , d'horreurs , de sang prêt à couler.

(A Titus.) Mon cœur vous est connu, seigneur, et je puis dire Qu'on ne l'a jamais vu soupirer pour l'empire : La grandeur des Romains, la pourpre des Césars, N'ont point, vous le savez, attiré mes regards. J'aimois, seigneur, j'aimois, je vouiois être aimée. Ce jour, je l'avouerai, je me suis alarmée : J'ai cru que votre amour alloit finir son cours. Je connois mon erreur , et vous m'aimez toujours. Votre cœur s'est troublé, j'ai vu couler vos larmes: Bérénice , seigneur , ne vaut point tant d'alarmes , Ni que par votre amour l'univers malheureux , Dans le temps que Titus attire tous ses vœux, Et que de vos vertus il goûte les prémices , Se voie en un moment enlever ses délices. Je crois, depuis cinq ans jusqu'à ce dernier jour, Vous avoir assuré d'un véritable amour.

Ce n'est pas tout : je veux, en ce moment funeste, Par un dernier effort couronner tout le reste : Je vivrai , je suivrai vos ordres absolus. Adieu, seigneur, régnez : je ne vous verrai plus.

Prince, après cet adieu, vous jugez bien vous-même Que je ne consens pas de quitter ce que j'aime Pour aller loin de Rome écouter d'autres vœux. Vivez , et faites-vous un effort généreux. Sur Titus et sur moi réglez votre conduite : Je l'aime, je le fuis; Titus m'aime, il me quitte; Portez loin de mes yeux vos soupirs et vos fer». Adieu. Servons tous trois d'exemple à l'univers

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