‹ Œuvres complètesChapitre 276 sur 418 · SCÈNE I. - ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - ACOMAT, OSMIN

ACOMAT

Viens, suis-moi. La sultane en ce lieu se doit rendre. Je pourrai cependant te parler et t' entendre.

OSMIN

Et depuis quand, seigneur, entre-t-on dans ces lieux Dont l'accès étoit même interdit à nos yeux? Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.

ACOMAT

Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe , Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus. Mais laissons, cher Osmin, les discours superflus. Que ton retour tardoit à mon impatience 1 Et que d'un œil content je te vois dans Byzance ! Instruis- moi des secrets que peut t' avoir appris Ln voyage si long, pour moi seul entrepris. De ce qu'ont vu tes yeux parle en témoin sincère*, Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire, Dépendent les destins de l'empire ottoman. Qu'as-tu vu dans l'armée, et que fait le sultan?

OSMIN

Babylone, seigneur, à son prince fidèle, Voyoit sans s'étonner notre armée auteur d'elle;

Les Persans rassemblés marchoient à son secours , Et du camp d'Amurat s'approchoient tous les jours. Lui-même, fatigué d'un long siège inutile, Sembloit vouloir laisser Babylone tranquille : Et, sans renouveler ses assauts impuissans, Résolu de combattre, attendoit les Persans. Mais , comme vous savez , malgré ma diligence , Un long chemin sépare et le camp et Byzance ; Mille obstacles divers m'ont même traversé, Et je puis ignorer tout ce qui s'est passé.

ACOMAT

Que faisoient cependant nos braves janissaires? Rendent-ils au sultan des hommages sincères? Dans le secret des cœurs, Osmin, n'as-tu rien lu? Amurat jouit-il d'un pouvoir absolu?

OSMIN

Amurat est content , si nous le voulons croire ,

Et sembloit se promettre une heureuse victoire.

Mais en vain par ce calme il croit nous éblouir :

Il affecte un repos dont il ne peut jouir.

C'est en vain que, forçant ses soupçons ordinaires,

Il se rend accessible à tous les janissaires :

Il se souvient toujours que son inimitié

Voulut de ce grand corps retrancher la moitié ,

Lorsque, pour affermir sa puissance nouvelle,

Il vouloit, disoit-il, sortir de leur tutelle.

Moi-même j'ai souvent entendu leurs discours;

Comme il les craint sans cesse, ils le craignent toujours.

Ses caresses n'ont point effacé cette injure.

Votre absence est pour eux un sujet de murmure :

Ils regrettent le temps à leur grand cœur si doux ,

Lorsque assurés de vaincre ils combattoient sous vous.

ACOMAT

Quoi! tu crois, cher Osmin, que ma gloire passée Flatte encor leur valeur, et vit dans leur pensée? Crois-tu qu'ils me suivroient encore avec plaisir, Et qu'ils reconnoîtroient la voix de leur vizir?

OSMIN

Le succès du combat réglera leur conduite :

Il faut voir du sultan la victoire ou la fuite.

Quoiqu'à regret, seigneur, ils marchent sous ses lois,

Ils ont à soutenir le bruit de leurs exploits :

Ils ne trahiront point l'honneur de tant d'années ;

Mais enfin le succès dépend des destinées.

*i i'neureux Amurat, secondant leur grand cœur ,

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