‹ Œuvres complètesChapitre 278 sur 418 · ACTE I, SCÈNE I. Mft · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. Mft

Qui, par un soin jaloux dans l'oir.bre retenus, Si voisins de ses yeux, leur étoient inconnus. Que te dirai-ie enfin? la sultane, éperdue, N'eut plus d autre désir que celui de sa vue.

OS.MIN

Mais pouvoient-ils tromper tant de jaloux regards Oui semblent mettre entre eux d'invincibles remparts?

ACOMAT

Peut-être il te souvient qu'un récit peu fidèle De la mort d'Ajnurat fit courir la nouvelle. La sultane, à ce bruit feignant de s'effrayer, Par des cris douloureux eut soin de l'appuyer. Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent : De l'heureux Bajazet les gardes se troublèrent; Et les dons achevant d'ébranler leur devoir, Leurs captifs dans ce trouble osèrent s'entrevoir. Roxane vit le prince; elle ne put lui taire L'ordre dont elle seule étoit dépositaire. Bajazet est aimable : il vit que son salut Dépendoit de lui plaire, et bientôt il lui plut. Tout conspiroit pour lui : ses soins, sa complaisance , Ce secret découvert ; et cette intelligence , Soupirs d'autant plus doux qu'il les falloit celer, L'embarras irritant de ne s'oser parler, Même témérité, périls, craintes communes, Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux mêmes dont les yeux les dévoient éclairer, Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer.

OSMIN

Quoi ! Roxane , d'abord leur découvrant son âme , Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme ?

ACOMAT

Ils l'ignorent encore; et, jusques à ce jour,

Atalide a prête son nom à cet amour.

Du père d'Amurat Atalide est la nièce;

Et même avec ses fils partageant sa tendresse ,

Elle a vu son enfance élevée avec eux.

Du prince, en apparence, elle reçoit les vœux;

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane,

Et veut bien, sous son nom, qu'il aime la sultane

Cependant, cher Osmin, pour s'appuyer de moi,

L'un et l'autre ont promis Atalide à ma foi1.

I L'un et Vautre, c'est-à-dire Roxane et Bajazet.

3C6 BAJAZET

OSMIN

Quoi! vous l'aimez, seigneur?

ACOMAT

Voudrois-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudens? C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue : J'aime en elle le sang dont elle est descendue. Par elle Bajazet, en m'approchant de lui, Me va contre lui-même assurer un appui. Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage; A peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent leur ouvrage. Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir. Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse; Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse : Ce même Bajazet, sur le trône affermi, Méconnoîtra peut-être un inutile ami.

Et moi-, si mon devoir, si ma foi ne l'arrête, S'il ose quelq'Nî jour me demander ma tête.... Je ne m'explique point, Osmin; mais je prétends Que du moins il faudra la demander longtemps. Je sais rendre aux sultans de fidèles services ; Mais je laisse au vulgaire adorer leurs caprices, Et ne me pique point du scrupule insensé *De bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé.

Voilà donc de ces lieux ce qui m'ouvre l'entrée, Et comme enfin Roxane à mes yeux s'est montrée. Invisible d'abord, elle entendoit ma voix. Et craignoit du sérail les rigoureuses lois; Mais enfin, bannissant cette importune crainte Qui dans nos entretiens jetoit trop de contrainte, Elle-même a choisi cet endroit écarté, Où nos cœurs à nos yeux parlent en liberté. Par un chemin obscur une esclave me guide , Et.... Mais on vient : c'est elle et sa chère Atalide. Demeure ; et , s'il le faut , sois prêt à confirmer Le récit important dont je vais l'informer.

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