‹ Œuvres complètesChapitre 290 sur 418 · ACTE II, SCENE V. 3S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V. 3S

Si vous preniez, seigneur, plus de soin de lui plaire; Si vos soupirs daignoient lui faire pressentir Qu'un jour....

BAJAZET

Je vous entends : je n'y puis consentir. Ne vous figurez point que, dans cette journée, D'un lâche désespoir ma vertu consternée Craigne les soins d'un trône où je pourrois monter . Et par un prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-être une imprudente audace: Mais, sans cesse occupé des grands noms de ma race, J'espérois que , fuyant un indigne repos , Je prendrois quelque place entre tant de héros. Mais, quelque ambition, quelque amour qui me brûle, Je ne puis plus tromper une amante crédule. En vain, pour me sauver, je vous l'aurois promis : Et ma bouche et mes yeux, du mensonge ennemis. Peut-être, dans le temps que je voudrois lui plaire, Feroient par leur désordre un effet tout contraire ; Et de mes froids soupirs ses regards offensés Verroient trop que mon cœur ne les a point poussés. 0 ciel! combien de fois je l'aurois éclaircie, Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ; Si je n'avois pas craint que ses soupçons jaloux N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous ! Et j'irois l'abuser d'une fausse promesse? Je me parjurerois? et, par cette bassesse.... Ah! loin de m'ordonner cet indigne détour, Si votre cœur étoit moins plein de son amour, Je vous verrois sans doute en rougir la première. Mais, pour vous épargner une injuste prière, Adieu; je vais trouver Roxane de ce pas, Et je vous quitte.

Et moi, je ne vous quitte pas.

Venez, cruel, venez, je vais vous y conduire; Et de tous nos secrets c'est moi qui veux l'instruirec Puisque , malgré mes pleurs , mon amant furieux Se fait tant de plaisir d'expirer à mes yeux , Roxane , malgré vous , nous joindra l'un et l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre ; Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.

BAJAZKT.

Q ciel! aue faites-vous?

3$4 BAJAZET

ATALIDE

Cruel! pouvez-vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire? Pensez-vous que cent fois, en vous faisant parler, Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler? Mais on me présentoit votre perte prochaine. Pourquoi faut-il, ingrat! quand la mienne est certaine, Que vous n'osiez pour moi ce que j'osois pour vous? Peut-être il suffira d'un mot un peu plus doux; Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même , vous voyez le temps qu'elle vous donne : À-t-elle, en vous quittant, fait sortir le vizir? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir? Enfin , dans sa fureur implorant mon adresse , Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez, seigneur, sauvez votre vie et la mienne.

BAJAZET

Hé bien.... Mais quels discours faut-il que je lui tienne?

ATALIDE

Ah! daignez sur ce choix ne me point consulter. L'occasion, le ciel pourra vous les dicter. Allez : entre elle et vous je ne dois point paroître; Votre trouble ou le mien nous feroit reconnoître. Allez : encore un coup, je n'ose m'y trouver. Dites.... tout ce qu'il faut, seigneur, pour vous sauver.

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