ACTE III, SCÈNE II
AC0MAT
Madame , je le crci.
Voici tout ce qui vient d'arriver devant moi : Surpris , je l'avouerai , de leur fureur commune , Querellant les amans , l'amour et la fortune , J'étois de ce palais sorti désespéré.
Déjà , sur un vaisseau dans le port préparé , Chargeant de mon débris les reliques plus chères, Je méditois ma fuite aux terres étrangères. Dans ce triste dessein au palais rappelé, Plein de joie et d'espoir, j'ai couru, j'ai volé. La porte du sérail à ma voix s'est ouverte , Et d'abord une esclave à mes yeux s'est offerte, Qui m'a conduit sans bruit dans un appartement Où Roxane attentive écoutoit son amant.
Tout gardoit devant eux un auguste silence : Moi-même , résistant à mon impatience , Et respectant de loin leur secret entretien, J'ai longtemps , immobile , observé leur maintien. Enfin , avec des yeux qui découvroient son âme , L'une a tendu la main pour gage de sa flamme ; L'autre, avec des regards éloquens, pleins d'amour. L'a de ses feux, madame, assurée à son tour.
ATALIDE
Hélas!
ACOMAT
Ils m'ont alors aperçu l'un et l'autre. « Voilà, m'a-t-elle dit, votre prince et le nôtre. Je vais, brave Acomat, le remettre en vos mains. Allez lui préparer les honneurs souverains; Qu'un peuple obéissant l'attende dans le temple : Le sérail va bientôt vous en donner l'exemple. » Aux pieds de Bajazet alors je suis tombé; Et soudain à leurs yeux je me suis dérobé : Trop heureux d'avoir pu , par un récit fidèle , De leur paix, en passant, vous conter la nouvelle, Et m'acquitter vers vous de mes respects profonds, Je vais le couronner, madame, et j'en réponds.