‹ Œuvres complètesChapitre 310 sur 418 · SCÈNE Vit. — ACOMAT, OSMIN · texte numérisé non relu

SCÈNE Vit. — ACOMAT, OSMIN

ACOMAT

Demeure : il n'est pas temps, cher Osmin, que je sorte.

OSMIN

Quoi! jusque-là, seigneur, votre amour vous transporte? N'avez-vous pas poussé la vengeance assez loin? Voulez- vous de sa mort être encor le témoin?

ACOMAT

Que veux-tu dire? Es-tu toi-même si crédule Que de me soupçonner d'un courroux ridicule? Moi , jaloux ! Plût au ciel qu'en me manquant de foi L'imprudent Bajazet n'eût offense que moi!

OSMIN

Et pourquoi donc, seigneur, au lieu de le défendre .,

3*2 BAJAZET

ACOMAT

Ehl la sultane est-elle en état de m'entendre? Ne voyois-tu pas bien, quand je l'allois trouver, Oue j'allois avec lui me perdre ou me sauver? Ah ! de tant de conseils événement sinistre ! Prince aveugle ! ou plutôt trop aveugle ministre , Il te sied bien d'avoir en de si jeunes mains , Chargé d'ans et d'honneurs, confié tes desseins, Et laissé d'un vizir la fortune flottante Suivre de ces amans la conduite imprudente!

OSMIN

Hé! laissez-les entre eux exercer leur courroux : Bajazet veut périr, seigneur, songez à vous. Qui peut de vos desseins révéler le mystère , Sinon quelques amis engagés à se taire? Vous verrez par sa mort le sultan adouci.

ACOMAT

Roxane en sa fureur peut raisonner ainsi :

Mais moi qui vois plus loin, qui, par un long usage,

Des maximes du trône ai fait l'apprentissage;

Qui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans,

Ai vu de mes pareils les malheurs éclatans,

Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace

Un homme tel que moi doit attendre sa grâce ,

Et qu'une mort sanglante est l'unique traité

Qui reste entre l'esclave et le maître irrité.

OSMIN

Fuyez donc.

ACOMAT

J'approuvois tantôt cette pensée :

Mon entreprise alors étoit moins avancée; Mais il m'est désormais trop dur de reculer. Par une belle chute il faut me signaler, Et laisser un débris du moins, après ma fuite, Qui de mes ennemis retarde la poursuite. Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner? Acomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-le malgré lui de ce péril extrême, Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-même. Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger, A retenu mon bras trop prompt à la venger. Je connois peu l'amour: mais j'ose te répondre Qu'il n'est pas condamné, puisqu'on veut le confondre; Que nous avons du temps. Malgré son désespoir, Roxane l'aime encore . Qsmin , et le va voir.

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