‹ Œuvres complètesChapitre 325 sur 418 · SCÈNE I. - XIPHARÈS, ARBATE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - XIPHARÈS, ARBATE

X1PHARÈS

On nous faisoit, Arbate. un fidèle rapport : Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort. Les Romains , vers l'Euphrate , ont attaqué mon père , Et trompé dans la nuit sa prudence ordinaire. Après un long combat, tout son camp dispersé Dans la foule des morts , en fuyant , l'a laissé ; Et j'ai su qu'un soldat dans les mains de Pompée Avec son diadème a remis son épée.

Ainsi ce roi qui seul a, durant quarante ans, Lassé tout ce que Rome eut de chefs importons , Et qui , dans l'Orient balançant la fortune , Vengeoit de tous les rois la querelle commune , Meurt, et laisse après lui, pour venger son trépas. Deux fils infortunés qui ne s'accordent pas.

ARBATE.

Vous , seigneur ! Quoi ! l'ardeur de régner en sa place Rend déjà Xipharès ennemi de Pharnace?

XIPHARÈS

Non , je ne prétends point , cher Arbate , à ce prix ,

D'un malheureux empire acheter le débris.

Je sais en lui des ans respecter l'avantage ;

Et, content des États marqués pour mon partage,

Te verrai sans regret tomber entre ses mains

Tout ce que lui promet l'amitié des Romains.

ARBATE.

L'amitié des Romains? Le fils de Mithridate, Seigneur ? Est-il bien vrai?

XIPHARÈS

N'en doute point, Arbate; Pharnace, dès longtemps tout Romain dans le cœur, Attend tout maintenant de Rome et du vainqueur. Et moi, plus que jamais à mon père fidèle, Je conserve aux Romains une haine immortelle. Cependant et ma haine et ses prétentions Sont les moindres sujets de nos divisions.

358 MITHRIDATE

ARBATE.

St quel autre intérêt eontre lui vous anime ?

XIPHARÈS

Je m'en vais t'étonner : cette belle Monime , Qui du roi notre père attira tous les vœux , Dont Pharnace, après lui, se déclare amoureux....

ARBATE.

Hé bien, seigneur?

XIPHARES.

Je l'aime et ne veux plus m'en taire.

Puisque enfin pour rival je n'ai plus que mon frère. Tu ne t'attendois pas , sans doute , à ce discours ; Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence , Et mes premiers soupirs, et mes derniers ennuis! Mais, en l'état funeste où nous sommes réduits, Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la reine le premier; Que mon père ignoroit jusqu'au nom de Monime Quand je conçus pour elle un amour légitime. Il la vit. Mais au lieu d'offrir à ses beautés Un hymen, et des vœux dignes d'être écoutés, Il crut que, sans prétendre uns plus haute gloire, Elle lui céderoit une indigne victoire.

Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu ; Et que, lassé d'avoir vainement combattu, Absent , mais toujours plein de son amour extrême , Il lui fit par tes mains porter son diadème. Juge de mes douleurs quand des bruits trop certains M'annoncèrent du roi l'amour et les desseins ; Quand je sus qu'à son lit Monime réservée Avoit pris avec toi le chemin de Nymphée! Hélas 1 ce fut encor dans ce temps odieux Qu'aux offres des Romains ma mère ouvrit les yeux .- Ou pour venger sa foi par cet hymen trompée , Ou ménageant p*our moi la faveur de Pompée, Elle trahit mon père , et rendit aux Romains La place et les trésors confiés en ses mains. Quel devins-je au récit du crime de ma mère! Je ne regardai plus mon rival dans mon père; J'oubliai mon amour par le sien traversé : Jo n'eus devant les yeux que mon père offensé

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