ACTE I, SCÈNE III
Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli !
Il est mort : savons-nous s'il est enseveli ?
Qui sait si , dans le temps que votre âme empressée
Forme d'un doux hymen l'agréable pensée ,
Ce roi, que l'Orient, tout plein de ses exploits.
Peut nommer justement le dernier de ses rois.
Dans ses propres États, privé de sépulture.
Ou couché sans honneur dans une foule obscure .
N'accuse point le ciel qui le laisse outrager,
Et deux indignes fils qui n'osent le venger?
Ah ! ne languissons plus dans un coin du Bosphore :
Si dans tout l'univers quelque roi libre encore ,
Parthe, Scythe ou Sarmate, aime sa liberté,
Voilà nos alliés : marchons de ce côté.
Vivons , ou périssons dignes de Mithridate :
Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous flatte,
A défendre du joug et nous et nos États
Qu'à contraindre des cœurs qui ne se donnent pas.
PHARNACE
Il sait vos sentimens. Me trompois-je. madame? Voilà cet intérêt si puissant sur votre âme, Ce père, ces Romains que vous me reprochez.
XIPHARÈS
J'ignore de son cœur les sentimens cachés:
Mais je m'y soumettrois sans vouloir rien prétendre.
Si, comme vous, seigneur, je croyois les entendre.
PHARNACE
Vous feriez bien; et moi. je fais ce que je doi : Votre exemple n'est pas une règle pour moi.
XIPHARÈS
Toutefois en ces lieux je ne connois personne Qui ne doive imiter l'exemple que je donne.
PHARNACE
Vous pourriez à Colchos vous expliquer ainsi.
XIPHARÈS
Je le puis à Colchos, et je le puis ici.
PHARNACE
Ici! vous y pourriez rencontrer votre perte....