‹ Œuvres complètesChapitre 342 sur 418 · SCÈNE V. — MITHRIDATE , MONIME , XIPHARES · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — MITHRIDATE , MONIME , XIPHARES

MITHRIDATE

Venez, mon fils; venez, votre père est trahi.

Un fils audacieux insulte à ma ruine ,

Traverse mes desseins , m'outrage , m'assassine ,

Aime la reine enfin, lui plaît, et me ravit

Un cœur que son devoir à moi seui asservit.

Heureux pourtant, heureux, que dans cette disgrâce

Je ne puisse accuser que la main de Pharnace ;

Qu'une mère infidèle , un frère audacieux ,

Vous présentent en vain leur exemple odieux!

Oui, mon fils, c'est vous seul sur qui je me repose,

Vous seul qu'aux grands desseins que mon cœur se propose

J'ai choisi dès longtemps pour digne compagnon,

L'héritier de mon sceptre, et surtout de mon nom.

Pharnace, en ce moment, et ma flamme offensée,

Ne peuvent pas tout seuls occuper ma pensée :

D'un voyage important les soins et les apprêts ,

Mes vaisseaux qu'à partir il faut tenir tout prêts ,

Mes soldats, dont je veux tenter la complaisance,

Dans ce même moment demandent ma présence.

Vous cependant ici veillez pour mon repos,

D'un rival insolent arrêtez les complots :

Ne quittez point la reine ; et , s'il se peut , vous-même

Rendez-la moins contraire aux vœux d'un roi qui l'aime.

Détournez-la , mon fils , d'un choix injurieux :

Juge sans intérêt, vous la convaincrez mieux.

En un mot , c'est assez éprouver ma foiblesse :

Qu'elle ne pousse point cette même tendresse,

Que sais-je? à des fureurs dont mon cœur outragé

Ne se repentiroit qu'après s'être vengé.

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