‹ Œuvres complètesChapitre 352 sur 418 · SCÈNE IV. — MITHRIDATE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — MITHRIDATE

Je ne le croirai point? Vain espoir qui me flatte !

Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate!

Xipharès mon rival? et, d'accord avec lui,

La reine auroit osé me tromper aujourd'hui?

Quoi! de quelque côté que je tourne la vue,

La foi de tous les cœurs est pour moi disparue .

Tout m'abandonne ailleurs! tout me trahit ici !

Pharnace , amis , maîtresse ; et toi , mon fils , aussi !

Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce....

Mais ne connois-je pas le perfide Pharnace?

Quelle foiblesse en moi d'en croire un furieux

Qu'arme contre son frère un courroux envieux,

Ou dont le désespoir , me troublant par des fables ,

Grossit , pour se sauver , le nombre des coupables !

Non, ne l'en croyons point! et sans trop nous presser,

Voyons, examinons. Mais par où commencer?

Qui m'en éclaircira? quels témoins? quel indice?...

Le ciel en ce moment m'inspire un artifice.

Qu'on appelle la reine. Oui, sans aller plus loin,

Je veux l'ouïr : mon choix s'arrête à ce témoin.

L'amour avidement croit tout ce qui le flatte.

Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate?

Voyons qui son amour accusera des deux.

S'il n'est digne de moi, le piège est digne d'eux.

Trompons qui nous trahit : et, pour connoître un traître

Il n'est point de moyens.... Mais je le vois paroître :

Feignons; et de son cœur, d'un vain espoir flatté,

Par un mensonge adroit tirons la vérité.

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