‹ Œuvres complètesChapitre 355 sur 418 · SCÈNE I.— MONIME, PHŒDIME · texte numérisé non relu

SCÈNE I.— MONIME, PHŒDIME

MONIME

Phœdime , au nom des dieux , fais ce que je désire

Va voir ce qui se passe, et reviens me le dire.

Je ne sais ; mais mon cœur ne se peut rassurer :

Mille soupçons affreux viennent me déchirer.

Que tarde Xipharès? et d'où vient qu'il diffère

A seconder des vœux qu'autorise son père?

Son père, en me quittant, me l'alloit envoyer....

Mais il feignoit peut-être. Il falloit tout nier.

Le roi feignoit.... Et moi, découvrant ma pensée....

0 dieux ! en ce péril m'auriez-vous délaissée ?

Et se pourroit-il bien qu'à son ressentiment

Mon amour indiscret eût livré mon amant?

Quoi , prince ! quand tout plein de ton amour extrême

Pour savoir mon secret tu me pressois toi-même ,

Mes refus trop cruels vingt fois te l'ont caché;

388 MITHRIDATE

Je t'ai même puni de l'avoir arraché : Et quand de toi peut-être un père se défie , Que dis-je? quand peut-être il y va de ta vie, Je parle: et, trop facile à me laisser tromper, Je lui marque le cœur où sa main doit frapper!;

PHŒDIME.

Ah! traitez-le, madame, avec plus de justice; Un grand roi descend-il jusqu'à cet artifice? A prendre ce détour qui l'auroit pu forcer? Sans murmure à l'autel vous l'alliez devancer. Vouloit-il perdre un fils qu'il akne avec tendresse Jusqu'ici les effets secondent sa promesse : Madame , il vous disoit qu'un important dessein , Malgré lui , le forçoit à vous quitter demain : Ce seul dessein l'occupe; et, hâtant son voyage, Lui-même ordonne tout , présent sur le rivage ; Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats, Et partout Xipharès accompagne ses pas.

D'un rival en fureur est-ce là la conduite? Et voit-on ses discours démentis par la suite?

MONIME

Pharnace , cependant , par son ordre arrêté , Trouve en lui d'un rival toute la dureté. Phœdime, à Xipharès fera-t-il plus de grâce?

PHŒDIME.

C'est l'ami des Romains qu'il punit en Pharnace : L'amour a peu de part à ses justes soupçons.

MONIME

Autant que je le puis, je cède à tes raisons; Elles calment un peu l'ennui qui me dévore. Mais pourtant Xipharès ne paroît point encore

PHŒDIME.

Vaine erreur des amans, qui, pleins de leurs désirs, Voudroient que tout cédât au soin de leurs plaisirs! Qui, prêts à s'irriter contre le moindre obstacle....

MONIME

Ma Phœdime, eh! qui peut concevoir ce miracle? Après deux ans d'ennuis, dont tu sais tout le poids. Quoi ! je puis respirer pour la première fois ! Quoi! cher prince, avec toi je me verrois unie! Et loin que ma tendresse eût exposé ta vie , Tu verrois ton devoir, je verrois ma vertu, Approuver un amour si longtemps combattu ! Je pourrois tous les jours t'assurer que je t'aime! Que ne viens-tu?

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