‹ Œuvres complètesChapitre 369 sur 418 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Mais la mort fuit encor sa grande âme trompée. Ce héros dans mes bras est tombé tout sanglant, Foihle . et qui s'irritoit contre un trépas si lent; Et , se plaignant à moi de ce reste de vie , Il souleroit encor sa main appesantie : Et , marquant à mon bras la place de son cœur Sembloit d'un coup plus sûr implorer la faveur. Tandis que. possédé de ma douleur extrême, Je songe bien plutôt à me percer moi-même, De grands cris ont soudain attiré mes regards : J'ai vu, qui l'auroit cru? j'ai vu de toutes parts Vaincus et renversés les Romains et Pharnace , Fuyant vers leurs vaisseaux, abandonner la place: Et le vainqueur, vers nous s'avançant de plus près, A mes yeux éperdus a montré Xipharès.

HOHIMS.

Juste ciel!

ARBATE.

Xipharès, toujours resté fidèle, Et qu'au fort du combat une troupe rebelle , Par ordre de son frère , avoit enveloppé , Mais qui , d'entre leurs bras à la fin échappé , Força les plus mutins, et regagnant le reste, Heureux et plein de joie, en ce moment funeste, A travers mille morts , ardent , victorieux , S'étoit fait vers son père un chemin glorieux. Jugez de quelle horreur cette joie est suivie. Son bras aux pieds du roi i'alloit jeter sans vie ; Mais on court, on s'oppose à son emportement. Le roi m'a regardé dans ce triste moment , Et m'a dit. d'une voix qu'il poussoit avec peine : « S'il en est temps encor, cours, et sauve la reine. » Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xipharès. J'ai craint, j'ai soupçonné quelques ordres secrets. Tout lassé que j'étois , ma frayeur et mon zèle M'ont donné pour courir une force nouvelle ; Et, malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux D'avoir paré le coup qui vous perdoit tous deux.

MONIME

Ah ! que , de tant d'horreurs justement étonnée , Je plains de ce grand roi la triste destinée ! Hélas ! et plût aux dieux qu'à son sort inhumain Moi-même j'eusse pu ne point prêter la main, Et que , simple témoin du malheur qui l'accable , Je le pusse pleurer sans en être coupable!

Racine i ^5

4W MITHRIDATE

il vient. Quel nouveau trouble excite en mes esprits Le sang du père, ô ciel! et les larmes du fils!

SCENE V. — MITHRIDATE. MONIME, XIPHARÈS, ARBATï PHŒDIME, ARGAS, Gardes qui soutiennent Mithridate.

MONIME

Ah! que vois-je, seigneur, et quel sort est le vôtre!

Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre :

{Montrant lipharès.) Mon sort de sa tendresse et de votre amitié Veut d'autres sentimens que ceux de la pitié ; Et ma gloire , plutôt digne d'être admirée , Ne doit point par des pleurs être déshonorée. J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu : La mort dans ce projet m'a seule interrompu. Ennemi des Romains et de la tyrannie.

Je n'ai point de leur joug subi l'ignominie ; Et j'ose me flatter qu'entre les noms fameux Qu'une pareille haine a sicrnalés contre eux, Nul ne leur a plus fait acheter la victoire , Ni de jours malheureux plus rempli leur histoire. Le ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein Rome en cendres me vît expirer dans son sein ; Mais au moins quelque joie en mourant me console ; J'expire environné d'ennemis que j'immole; Dans leur sang odieux j'ai pu tremper mes mains ; Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. A mon fils Xipharès je dois cette fortune; Il épargne à ma mort leur présence importune. Que ne puis-je payer ce service important De tout ce que mon trône eut de plus éclatant ! Mais vous me tenez lieu d'empire , de couronne ; Vous seule me restez : souffrez que je vous donne, Madame ; et tous ces vœux que j'exigeois de vous , Mon cœur pour Xipharès vous les demande tous.

MONIME

Vivez , signeur , vivez , pour le bonheur du monde Et pour sa liberté , qui sur vous seul se fonde ; Vivez pour triompher d'un ennemi vaincu , ^'our venger....

MITHRIDATE

C'en est fait, madame, et j'ai vécu.

Mon fils, songez à vous : gardez-vous de prétendre

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