‹ Œuvres complètesChapitre 392 sur 418 · SCÈNE I. — AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE

CLYTEMNESTRE

Oui, seigneur, nous partions; et mon juste courrour Laissoit bientôt Achille et le camp loin de nous : Ma fille dans Argos couroit pleurer sa honte.

430 IPHIGÊNIE.

Mais lui-même , étonué d'une fuite si prompte , Par combien de sermens dont je n'ai pu douter, Vient-il de me convaincre, et de nous arrêter! Il presse cet hymen qu'on prétend qu'il diffère , Et vous cherche , brûlant d'amour et de colère . °rêt d'imposer silence à ce bruit imposteur , Achille en veut connoître et confondre l'auteur. Bannissez ces soupçons qui troubloient notre joie. •

AGAMEMNON

Madame, c'est assez : je consens qu'on le croie. Je reconnois l'erreur qui nous avoit séduits , Et ressens votre joie autant que je le puis. Vous voulez que Calchas l'unisse à ma famille : Vous pouvez à l'autel envoyer votre fille; Je l'attends. Mais, avant que de passer plus loin, J'ai voulu vous parler un moment sans témoin. Vous voyez en quels lieux vous l'avez amenée : Tout y ressent la guerre, et non point l'hyménée. Le tumulte d'un camp , soldats et matelots , Un autel hérissé de dards, de javelots, Tout ce spectacle enfin , pompe digne d'Achille , Pour attirer vos yeux n'est point assez tranquille : Et les Grecs y verroient l'épouse de leur roi Dans un état indigne et de vous et de moi. M'en croirez-vous? Laissez, de vos femmes suivie, A cet hymen, sans vous, marcher Iphigénie.

CLYTEMNESTRE

Qui? moi! que, remettant ma fille en d' autres bras,

Ce que j'ai commencé je ne l'achève pas !

Qu'après l'avoir d'Argos amenée en Aulide ,

Je refuse à l'autel de lui servir de guide?

Dois-je donc de Calchas être moins près que vous?

Et qui présentera ma fille à son époux?

Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée?

AGAMEMNON

Vous n'êtes point ici dans le palais d'Atrée. Vous êtes dans un camp....

CLYTEMNESTRE

Où tout vous est soumis; Où le sort de l'Asie en vos mains est remis ; Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière ; Où le fils de Thétis va m'appeler sa mère. Dans quel palais superhe et plein de ma grandeur Puis-je jamais paroïtre avec plus de splendeur?

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