‹ Œuvres complètesChapitre 401 sur 418 · SCÈNE I. - ÉRIPHILE , DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - ÉRIPHILE , DORIS

DORIS

Ah! que me dites-vous? Quelle étrange manie Vous peut faire envier le sort d'Iphigénie? Dans une heure elle expire. Et jamais, dites-vous, Vos yeux de son bonheur ne furent plus jaloux. Qui le croira, madame? Et quel cœur si farouche...

ÉRIPHILE

Jamais rien de plus vrai n'est sorti de ma bouche;

Jamais de tant de soins mon esprit agité

Ne porta plus d'envie à sa félicité.

Favorables périls ! Espérance inutile !

N'as-tu pas vu sa gloire, et le trouble d'Achille?

J'en ai vu, j'en ai fui les signes trop certains.

Ce héros , si terrible au reste des humains ,

Qui ne connoît de pleurs que ceux qu'il fait répandre ,

Qui s'endurcit contre eux dès l'âge le plus tendre ,

Et qui , si l'on nous fait un fidèle discours ,

Suça même le sang des lions et des ours ,

Pour elle de la crainte a fait l'apprentissage :

Elle l'a vu pleurer, et changer de visage.

Et tu la plains , Doris ! Par combien de malheurs

Ne lui voudrois-je point disputer de tels pleurs!

Quand je devrois comme elle expirer daus une heure..

Mais que dis-je, expirer? ne crois pas qu'elle meure.

Dans un lâche sommeil crois-tu qu'enseveli ,

Achille aura pour elle impunément pâli?

Achille à son malheur saura bien mettre obstacle.

Tu verras que les dieux n'ont dicté cet oracle

Que pour croître à la fois sa gloire et mon tourment ,

Et la rendre plus belle aux yeux de son amant.

Hé quoi! ne vois-tu pas tout ce qu'on fait pour elle?

On supprime des dieux la sentence mortelle-,

Et, quoique le bûcher soit déjà préparé,

Le nom de la victime est encore ignoré :

Tout le camp n'en sait rien. Doris , à ce silence ,

Ne reconnois-tu pas un père qui balance ?

Et que fera-t-il donc? Quel courage endurci

UQ IPHIGEME,

Soutiendroit les assauts qu'on lui prépare ici :

TJne mère en fureur, les larmes d'une fille,

Les cris, le désespoir de toute une famille,

Le sang, à ces objets facile à s'ébranler,

Achille menaçant, tout prêt à l'accabler?

Non, te dis-je, les dieux l'ont en vain condamaée :

Je suis et je serai la seule infortunée.

Ah ! si je m'en croyois...

DORIS

Quoi ! Que méditez-vous ?

ÉRIPHILE

Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux , Que, par un prompt avis de tout ce qui se passe, Je ne coure des dieux divulguer la menace , Et publier partout les complots criminels Qu'on fait ici contre eux et contre leurs autels.

DORIS

Ah ! quel dessein , madame !

ÉRIPHILE

Ah ! Doris ! quelle joie !

Que d'encens brûleroit dans le temple de Troie , Si , troublant tous les Grecs , et vengeant ma prison , Je pouvois contre Achille armer Agamemnon ; Si leur haine , de Troie oubliant la querelle , Tournoit contre eux le fer qu'ils aiguisent contre elle Et si de tout le camp mes avis dangereux Faisoient à ma patrie un sacrifice heureux !

J'entends du bruit. On vient : Clytemnestre s'avance. Remettez-vous , madame , ou fuyez sa présence.

ÉRIPHILE

Rentrons. Et pour troubler un hymen odieux, Consultons des fureurs qu'autorisent les dieux.

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