ACTE I, SCÈNE Iî
Aime la guerre autant que la paix vous est chère ; J'avouerai que, brûlant d'une noble chaleur, Je vais contre Alexandre éprouver ma valeur. Du bruit de ses exploits mon âme importunée Attend depuis longtemps cette heureuse journée. Avant qu'il me cherchât , un orgueil inquiet M'avoit déjà rendu son ennemi secret.
Dans le noble transport de cette jalousie. Je le trouvois trop lent à traverser l'Asie ; Je l'attirois ici par des vœux si puissans , Que je portois envie au bonheur des Persans ; Et maintenant encor, s'il trompoit mon courage, Pour sortir de ces lieux s'il cherchoit un passage, Vous me verriez moi-même, armé pour l'arrêter, Lui refuser la paix qu'il nous veut présenter
TAXILE
Oui , sans doute , une ardeur si haute et si constante Vous promet dans l'histoire une place éclatante ; Et, sous ce grand dessein dussiez-vous succomber, Au moins c'est avec bruit qu'on vous verra tomber. La reine vient. Adieu. Vantez-lui votre zèle: Découvrez cet orgueil qui vous rend digne d'elle. Pour moi, je troublerois un si noble entretien, Et vos cœurs rougiroient des foiblesses du mien.