ACTE III, SCÈNE II
Malgré lui du vainqueur éviter la poursuite ; Et, de son vain courroux trop tard désabusé, Souhaiter le secours qu'il avoit refusé.
AXIANE
Qu'il avoit refusé! Quoi donc! pour ta patrie,
Ton indigne courage attend que l'on te prie !
Il faut donc , malgré toi , te traîner aux combats .
Et te forcer toi-même à sauver tes États!
L'exemple de Porus, puisqu'il faut qu'on t'y porte ;
Dis-moi, n'étoit-ce pas une voix assez forte?
Ce héros en péril , ta maîtresse en danger ,
Tout l'État périssant n'a pu t'encourager !
Va , tu sers bien le maître à qui ta sœur te donne.
Achève, et fais de moi ce que sa haine ordonne.
Garde à tous les vaincus un traitement égal ,
Enchaîne ta maîtresse , en livrant ton rival.
Aussi bien c'en est fait : sa disgrâce et ton crime
Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime.
Je l'adore! et je veux, avant la fin du jour.
Déclarer à la fois ma haine et mon amour;
Lui vouer , à tes yeux , une amitié fidèle ,
Et te jurer, aux siens, une haine éternelle.
Adieu. Tu me connois : aime-moi si tu veux.
r TAXI-LE.
Ah ! n'espérez de moi que de sincères vœux , Madame : n'attendez ni menaces ni chaînes : Alexandre sait mieux ce qu'on doit à des reines Souffrez que sa douceur vous oblige à garder Un trône que Porus devoit moins hasarder ; Et moi-même en aveugle on me verroit combattre La sacrilège main qui le voudroit abattre.
AXiANE.
Quoi ! par l'un de vous deux mon sceptre raffermi Deviendroit dans mes mains le don d'un ennemi? Et sur mon propre trône on me verroit placée Par le même tyran qui m'en auroit chassée?
TAX1LE
Des reines et des rois vaincus par sa valeur Ont laissé par ses soins adoucir leur malheur. Voyez de Darius et la femme et la mère : L'une le traite en fils , l'autre le traite en frère.
AXIANE
Non, non, je ne sais point vendre mon amitié, Caresser un tyran , et régner par pitié. Penses-tu que j'imite une foible Persane,
74 ALEXANDRE
Qu'à la cour d'Alexandre on retienne Axiane , Et qu'avec mon vainqueur courant tout l'univers , j'aille vanter partout la douceur de ses fers? S'il donne les États, qu'il te donne les nôtres; Qu'il te pare, s'il veut, des dépouilles des autres. Règne : Porus ni moi n'en serons point jaloux ; Et tu seras encor plus esclave que nous. J'espère qu'Alexandre, amoureux de sa gloire, Et fâché que ton crime ait souillé sa victoire. S'en lavera bientôt par ton propre trépas. Des traîtres comme toi font souvent des ingrats . Et de quelques faveurs que sa main t'éblouisse , Du perfide Bessus regarde le supplice.
Adieu.