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Et les rois de la terre qui se sont souil

L'APOCALYPSE EXPLIQUE F

lés, et ont vécu avec elle dans les délices, pleureront et jetteront de grands cris, lorsqu'ils verront la fumée de son embrasement.

10. Se tenant loin d'elle dans la crainte de ses tourments, ils diront : Malheur, malheur, ô grande ville de Babylone 1 ô ville puissante I ta condamnation est venue en un instant.

11. Et les marchands de la terre pleureront aussi et sanglotteront en la voyant, parce qu'il n'y aura plus personne qui achète leurs marchandises.

12. Leurs marchandises d'or, d'argent, de pierreries, de perles, de toiles fines, de pourpre, de soie, d'écarlate, de toute sorte de boisdethye, de toute sorte de vases d'ivoire, et de [lierres précieuses, d'airain, de fer et de marbre.

13. De cinnamome, de parfums, d'essences, d'encens, de vin, d'huile, de fleur de farine, de froment, de bestiaux, de brebis, de chevaux, de chariots, d'esclaves, et d'âmes d'hommes.

IV. El tu n'auras plus tes fruits délicieux, il n'y aura plus pour toi de viandes délicates et magnifiques, il ne s'en trouvera plus.

15. Les marchands qui se sont enrichis en lui vendant ces choses, se tiendront éloignés d'elle dans la crante de ses tourments, et ils diront en pleurant et en s'aflligeant :

16. Malheur, malheur ! cette grande ville, qui était vêtue de soie, de pourpre et d'écarlate, et qui était parée d'or, de pierreries et de perles,

17. A perdu en un moment ces grandes richesses, tous les pilotes aussi et tous ceux qui naviguent sur les lacs, tous les mariniers, et tous ceux qui trafiquent sur la mer, se retireront loin d'elle.

18. Et ils crieront en voyant le lieu de son embrasement : Quelle cité fut jamais semblable à celte grande ville?

19. Et se couvrant la tête de poussière, ils crieront en pleurant et soupirant : Malheur, malheur! que cette grande ville où tous ceux qui avaient des vaisseaux sur la mer se sont enrichis de son abondance, ait été détruite en un moment !

20. O ciel, ô saints apôtres et prophètes ! réjouissez-vous de ce qu'elle est traitée de la sorte; car c'est Dieu qui vous a vengés d'elle.

21. Alors un ange puissant éleva une pierre semblable à une grande meule, et la jeta dans la mer, en disant: Babylone, celle grande ville, sera précipitée avec la même impétuosité, et on ne la trouvera plus.

22. Et on n'entendra plus en toi la voix des joueurs de harpe, ni des musiciens, ni des joueurs de hautbois; on n'y entendra plus le son des trompettes ; on n'y trouvera plus aucune sorle d'artisans; on n'y entendra plus le bruit de la meule.

23. Et la lumière des lampes n'y luira plus ; on n'y entendra plus de voix d'époux ni

reges terras, qui cum illa fornicati sunt, et in deliciis vixerunt, cum viderint fuinuui incendii ejus.

10. Longe slantes propler timorem tormenlorum ejus, dicentes : Vas, vas, civitas illa magna Babylon, civitas illa fortis, quoniam una hora venit judicium lu uni.

11. Et negotiatores terrai flebunt, et lugebunt super illam, quoniam merces eorum nemu émet amplius.

12. Merces auri, etargenti, et lapidis pretiosi, et margaritas, et byssi, et purpuras, et serici, et cocei (et omne lignum ihynum, et omnia vasa eboris, et omnia vasa de lapide pretioso et asramento, etferro, et marmore).

13. Et cinnamomum, et odoramenlorum, et uriguenli, et thuris, et vini, et olei, et similas, et trilici, et jumenlorum, et ovium, etequorum, et rhedarum, et mancipiorum, et animarum hominum.

14. Et poina desiderii animas tuasdiscesserunta te, et omnia pinguia et prasclara pcrierunt a te, et amplius illa jam non invenient.

15. Mercatores horurn qui divites facli sunt, ab ea longe stabunt propter timorem tormentorum ejus, fientes ac lugentes, et dicentes :

16. Vas, vas, civitas illa magna quas amicla eral bysso, et purpura, et cocco, et di.'aurataerat auro, et lapide pretioso, et margaritis.

17. Quoniam una hora destitulas sunt taillas divitias, et omnis gubernator, et omnis qui in lacum navigat, et nautas : et qui in mari operantur, longe steterunt.

18. Et clamaverunt videntes locum incendii ejus, dicentes :Qui similis civitas huic magnas ?

19. Et rniseruntpulverem super capita sua, et clamaverunt llentes et lugentes, dicentes : Vas, vas, civilas illa magna, in qua di viles facti sunt omnes, qui habebant naves in mari de pretiis ejus, quoniam una hora desolata est.

20. Exsulla super eam, cœlnm, et sancli apostoli et prophelas : quoniam judicavit Deus judicium vestrum de illa.

21. Et sustulit unus angélus fortis lapidem, quasi molarem magnum, et misit in mare, dicens : Hoc impelu miltetur Babylon civilas illa magna, et ultra jam non invenieliir.

22 El vox 'ilhaiedorurn, et musicorum, et tibia canentium, et luba non audieluriu le amplius : et vox molas non audietur in te amplius.

23. Et lux liicernas non lucebil in te amplius, et vox sponsi et sponsœ non audietur

adhuc in te : quia in veneficiis tuis erraverunt ouines génies.

24. Et in ea sauguis prophetarum et sanctoruminventus est, etomniuniqui inlerfecti sunt in terra.

d'épouse, parce que tes marchands étaient les princes de la terre, et que toutes les nations ont été enchantées par tes breuvages empoisonnés.

24. Et que le sang des prophètes et des saints s'est trouvé en elle, et le sang de tous ceux qu'on a fait mourir sur la terre.

EXPLICATION

1. El après ces choses, je vis un autre ange qui descendait du ciel avec une grande puissance, et la terre fut éclairée de sa gloire.

Après les longues nuits de l'infidélité païenne, un ange fort et lumineux vient du ciel éclairer le monde, et annoncer la fin de J'idolâtrie et la levée du Soleil de justice. Mais comme ce chapitre a été en partie expliqué ci-dessus, ou qu'il suffit de le lire pour l'entendre, on s'arrêtera aux seuls versets qui demandent quelque observation.

2. Et il cria dune grande force, disant : Elle est tombée, elle est tombée celte grande Babylone!

C'est-à-dire que Rome, semblable à l'ancienne Babylone, va demeurer déserte et devenir la retraite des hiboux. « Babylone fut comme la première Rome, et Rome fut comme une seconde Babylone : Babylonia quasi prima Roma , Roma quasi secundu Babylonia est, » dit saint Augustin (De civit. Dei, lib. h, c. 18); et selon "l'expression de saint Jéiôme (lib. xm in Isa. xlviii) : Roma in Apocalypsi Joannis, Babylon specialilcr appellalur.

Et elle est devenue la demeure des démons, et la retraite de tout esprit impur, et de tout oiseau immonde et abominable.

C'est une phrase de l'Ecriture pour exprimer la ruine totale d'une ville, qui, contenant un nombre infini de peuple, voit tout •l'un coup ses habitants massacrés, ses édifices renversés et ses campagnes désertes. Cela s'accomplit à la lettre dans Rome, où la peste, la guerre et la famine, le fer et le feu désolèrent tout, et d'où Totila emmena tous les Bomains qui restaient du sac de Genséric et d'Alaric, sans en excepter un seul.

« Le Capitole,avecses dorures, est tout noir de fumée; les temples de Borne sont remplis de toiles d'araignées; la gentilité, au milieu de la ville, est déserte ; et les dieux, que les nations adoraient autrefois, sont abandonnés au haut des toits et des masures, et n'ont plus d'autre compagnie que celle des chalshuants et des hiboux : Auratum squallet Capitolium fuligine, et aranearum telis omnia Romœ templa cooperla sunt... Soliludinem paiilur in ipsa Urbe genlililas, dii quondam nationum cum bubonibus et noctuis in solis culminibus remanserunt. Vexilla militum crucis insignia sunt, regum purpuras et ardentes diadematum gemmas palibuli salutaris pictura condecorat. (In., ad Lœlam.)

h. El j'entendis une autre voix du ciel, qui disait : Sortez de Babylone, mon peuple.

On peut duc que cet ordre commença de

s'exécuter dès lors que Constantin, qui ne pouvait supporter les idolâtries de Borne, souillée par le sang de tant de victimes abominables, l'abandonna, comme l'assurent Orose et les autres auteurs : Romana civitas, quœ ante hostile incendium in multis ex multa parte migraveral (S. Aug., De urb. excid., ad fin.); et il transféra le siège de l'empire à Constanlinople, qu'il nomma la nouvelle Borne, et dans laquelle il ne voulut voir aucun vestige de la superstition ancienne, ainsi que nous l'apprenons d'Eusèbe et du même Orose, et où il attira avec lui tous les plus considérables Chrétiens, qui le suivirent, selon Sozomène (lib. u, c. 3) : Constantinus amplissimis domibus Constantinopoli œdificatis, egregios viros cum familiis suis... ex senior e Roma... accivit. Il fut imité en cela par ses successeurs, qui ne firent plus leur séjour dans cette ville, et idolâtre, et mère de l'idolâtrie. Les empereurs mêmes d'Occident demeuraient à Trêves, à Milan et à Ravenne, où, lors de la guerre d'Alaric, Honorius tenait sa cour. De sorte qu'il ne faut point douter que le gros des Chrétiens n'en fût pour lors sorti par un ordre de la Providence, puisque d'ailleurs ils possédaient les principales charges de l'empire et des provinces, et qu'ainsi ils étaient attachés à la personne du prince ou éloignés de Rome, suivant l'ordre établi par Constantin et vainement ébranlé par Julien. Constantinus, dit Eusèbe (lib. il, c. 44), in singulas provincias eos prœsides ut plurimum misit, qui Christiuni essent.

Au reste, un semblable avis avait été donné par Jésus-Christ à ses disciples, et dans les mêmes circonstances, lorsqu'il leur prédisait la ruine de Jérusalem, où le siège fut mis deux fois : premièrement par Cestius, qui fut contraint de le lever : ce qui donna lieu aux Chrétiens (avertis par le Sauveur d'abandonner celte ville quand ils l'auraient vue entourée d'une armée) de se retirer en la ville de Pella, près le Jourdain, d'où, sans péril, ils furent spectateurs de Ja punition des Juifs et de l'accomplissement des prophéties de leur Maître; en second lieu par Tite, qui Ja prit. Ainsi Rome fut assiégée premièrement en 408 ou 409, lorsqu'on donna à Alaric des sommes immenses d'or et d'argent pour l'obliger à se retirer, ce qu'il fit ; et en dernier lieu l'an 410, lorsqu'il y vint remetlre le siège, et qu'il la prit et la saccagea, ce qui advint le vingt-cinquièmn jour d'août : comme si le mois consacré par h.s païens à la mémoire du plus grand des empereurs romains, et célèbre

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par le sac de Jérusalem et du temple, sous Tito, eût été plus propre et plus convenable à marquer !a ruine de leur empire.

Afin que vous ne participiez point à ses (rimes. En elfet, jamais l'idolâtrie n'a vomi plus de blasphèmes qu'elle fit pendant ce dernier siège de Rome : « On y fit venir les devins de Toscane, qui disaient que la ville ne pouvait être délivrée que par le rétablissement des sacrifices anciens et l'exercice de tout ce que la superstition païenne ordonnait. La chose fut exécutée, le sénat en corps monta au Capitole, et y observa aussi bien que dans les places et dans les marchés, les cérémonies accoutumées prescrites par les livres des Pontifes : » Cum Mi non aliter Urbi conductura dicerent, nisi publiée consuela saerificia fièrent, senatu in Capitolium ascendente, atque tum ibi, tum in foris suburbanis sacra peragente. C'est Zozime, auteur païen qui rapporte ces choses, et qui assure, quoique faussement, et contre toute apparence, que le Pape saint Innocent préférant la conservation de la ville à sa religion, consentit h cette impiété : Qui opinioni suœ salutem Urbis anteponens, clam permitlebat eis, ut facerent quœcunque scirent. Ce qui marque du moins une conspiration générale

des païens pour ; des démons. On

e rétablissement du culte ajoutait, que le christia-

nisme devait être regardé comme une dévotion du prince, mais que le paganisme était la religion de l'empire : maxime qui montrait un penchant invétéré à l'idolâtrie dans celte ville malheureuse, dont les fidèles sont ici exhortés de sortir avec grande raison, pour ne point participer à ses sacrilèges.

El de peur que vous ne soyez frappés de ses plaies. C'est parce motif, au dire de saint Jérôme, que Dieu retira de ce monde le Pape saint Anastase, alin qu'il ne vît point la désolalion du peuple romain, et qu'il ne lût. point enveloppé dans sa ruine : « Peu de temps après,» dit-il, «Anastase, homme d'un mérite insigne, succéda au pontificat, mais Rome ne mérita pas de le garder longtemps, comme si l'univers n'eût pas dû perdre sa capitale sous le gouvernement d'un tel évêque : ou plutôt nous devons dire que Dieu le retira à lui, afin qu'il ne suspendît point par ses prières l'arrêt que sa justice avait porté contre Rome. C'est ainsi que le Seigneur disait à Jérémie : Ne me priez point pour ce peuple, car j'ai résolu de le détruire par la guerre, la peste et la lamine : » Non post mullum lempus in medio succedit in ponlificutum vir insignis Anastusius, quem diu Jloma habere non mentit, ne orbis caput sub lali episcopo truncaretur : imo ideirco raplus atque translatas est, ne semel latam senlenliam precibus suis flectere conarelur, dicente Domino ad Jeremiam : Ne oraceris pro populo isto ; in gluuio enim, el fume, et pestilentia ego consumam eos. (Jerem. x.iv, 11, 12.)

Orose écrit que le Pape saint Innocent, par une providence particulière de Dieu, so tit de Borne, comme le juste Lot de So- Uouje, et se trjuva h Ravenne lors de la prise

de Rome, pour ne pas être témoin de la désolation de son peuple et de la ruine de sa ville : Iieatus Innocentius Romanœ Ecclesiœ episcopus, tanquam justus Lot subtractus a Sodoinis, occulta providentia Dei apud Ravennam tune positus crat, nepeccatoris populi videret excidium.

En un mot, l'histoire ecclésiastique nous fournit plusieurs exemples qui nous confirment cette vérité. Elle nous apprend , que sainte Mélanie, l'ancienne et la joune, aussi bien que Pinien, mari de celle-ci, et Albine, leur belle-fille, ayant vendu leurs possessions, se retirèrent de Rome, lorsqu'elle était à la veille de sa perte. Et Palladius assure que cette même sainte Mélanie publia par tout Rome qu'on eût à s'en retirer et que Dieu l'avait ainsi révélé; ce qu'elle inculqua plusieurs fois : prophétie qui fit tant d'impression sur les esprits, qu'un nombre considérable de Romains, qui faisaient profession du christianisme, touchés de cet oracle, et pleins de mépris pour les choses temporelles, distribuèrent leurs biens aux pauvres, jugeant prudemment qu'il leur était plus -utile de s'en dépouiller pour l'amour de Jésus-Christ, que de les réserver pour servir de proie aux Rarbares: Mclaniam seniorem, distractis pradiis, una cum Melania nepte, Pinianoque, ejusdem Melaniœ viro, et Albina niiru, evasisse imminentem Urbis cladein; additur ex Palladio, oraculo prophetico a Melania Romœ evulgato, atque sœpius inculcato, complures Romanorum civium Chrislianorum, ad rerum temporalium contcmplum indurios esse, consultius existimanles amore Christi esse supernœ retributionis prodigere divitias in pauperes, quam easad Barbarorum prœdam relinquere.

Ce fut encore par un secret pressentiment que sainte Paule et plusieurs personnes de qualité s'étaient retirées quelque temps auparavant de cette ville infortunée, comme d'un vaisseau prêt à faire naufrage, pour se réfugier en la Terre-Sainie et ailleurs. La même chose est encore attestée par saint Augustin dans son livre De Urbis excidio ; c'est au chapitre 8% voici ses paroles : Minime dubitandum est pepercisse Deum Romanœ etiam civilati, quœ ante hostile incendium in mullis ex mut la parte migraverat.

5. Parce que ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et que Dieu s'est souvenu de ses crimes, c'est-à-dire que Dieu a rappelée!! sa mémoire toutes ses anciennes idolâtries, dont elle ne pouvait même encore se défaire , et des cruautés effroyables qu'elle avait exercées contre les Chrétiens.

6. Rendez-lui le mal qu'elle vous a fait , et punissez-la au double selon ses cruautés : dans le même calice où elle vous a fait boire, faites-la boire deux fois autant.

7. Proportionnez son tourment et sa douleur à la grandeur de son orgueil et de ses délices.

Ces paroles ne paraissent point du tout s adresser à ceux à qui on vient de dire de sortir de Rabylone et de s'enfuir, [tour ne point êli e participants de ses plaies :ceux qui se retirent

et qui s'en vont, crainte d'être accablés, ne sont pas ceux qui démolissent ; mais elles s'adressent à ceux qui devaient servir de ministres à la justice divine pour la destruction de Rome, c'est-à-dire à Alaric, qui entendait si souvent cette voix : Va détruire Rome; et aux Goths, à qui les Romains avaient fait toutes sortes de maux dans les siècles précédents, comme on peut voir partout dans l'histoire, et que les Goths leur rendirent avec usure, puisqu'ils en furent les vrais destructeurs. Car l'empereur Claude II tailla en pièces trois cent vingt mille Goths, et coula à fond deux mille de leurs vaisseaux; remportant, à cause d'une victoire si insigne,le titre de Gothique. Toutes les provinces furent remplies d'esclaves de cette nation. Et pour passer à d'autres défaites après celle de Radagaise et de plus de quatre cent mille Goths qui le suivaient et qui périrent tous sans en excepter un seul, pas même ce roi, le nombre en fut infini : on les vendait comme des bêtes, et on en avait des troupeaux entiers pour un écu. C'est avec raison qu'on dit aux Goths : Faites à Rome comme elle vous a fait; outre qu'il les faut regarder dans celle occasion comme les vengeurs de l'injure commune à toutes les nations.

Ce n'est donc pas ici une voix du ciel qui exhorte les Chrétiens à égorger les idolâtres, ce seiait s'arrêter à la lettre qui tue, et quitter l'esprit qui donne l'intelligence du sens de l'Ecriture, laquelle dans ces sortes d'expressions, aussi bien que dans les imprécations, ne parle pas à l'optatif ou à l'impératif, mais énonce simplement le futur; car c'est comme si elle disait : Babylone sera traitée comme elle vous a traitée ; elle recevra le double des maux qu'elle vous a faits, et elle boira au calice d'amertume deux fois plus qu'elle ne vous y fait boire. On peut ajouter que quand les destructeurs de Rome seraient même appelés mon peuple, ce qui n'est pas,ce serait,ou parce qu'ils faisaient protession du christianisme, ou parce qu'ils exécutaient les ordres de Dieu , auquel sens Nabuchodonosor est nommé dans l'Ecriture serviteur de Dieu . Malheureux Israélites, en comparaison desquels Nabuchodonosor est appelé serviteur de Dieu : Miseri Jsraelitœ , ad quorum comparalionem Nabuchodonosor servus Dei dicitur. Ce sont les paroles de saint Jérôme écrivant à Héiiodore.

Parce quelle dit dans son cœur : Je suis reine, je suis assise sur le trône, je ne suis point veuve, et je ne verrai point le deuil. Voilà Rome et son pompeux langage, voilà le superbe litre d'éternelle qu'elle prenait, et l'immortelle domination qu'elle se promettait.

8. C'est pourquoi ses plaies, la mort, le deuil, la faim lui surviendront en un même jour, et elle sera brûlée dans le feu, parce que Dieu qui la jugera est puissant.

A cause de son orgueil insensé, elle verra tomber sur sa tête et tout à la fois les plaies suivantes : la guerre, la peste et la famine la désoleront*; ses enfants seront entraînés

en capti vite , et enfin le feu la réduira en cendres : Quidquid igitur vastationis, trucidationis , deprœdationis , concremationis , affliclionis, in ista recentissima Romana clade commissum est, dit saint Augustin : espèce de châtiment dont elle fut frappée, qu'il est important de voir en détail, afin de vérifier mieux la prophétie.

Premièrement, après avoir tourmenté le monde par la terreur de ses armes et par des guerres épouvantables , elle souffrit ellemême à son tour toutes les cruautés qu'elle avait exercées sur les autres, elle fut saisie des mêmes frayeurs et des mêmes terreurs paniques qu'elfe avait jetées dans l'âme des autres.

« Ah 1 » s'écrie le grand saint Jérôme, « qui est-ce qui le croira? quelle histoire pourra le consacrer dignement à la postérité, et en des termes assez énergiques? Les Romains dans leur empire ne combattre plus pour acquérir de la gloire, mais pour défendre leur vie? Que dis-je? ne combattre pas même pour défendre leur vie, mais pour la racheter honteusement avec l'or, et tout ce qu'ils ont de plus précieux. 0 lâcheté et abattement de courage inconcevable 1 la milice romaine victorieuse et maîtresse de l'univers est surmontée par les Barbares, elle les appréhende, elle s'effraye à leur aspect, elle se croil perdue à leur approche. Comment ne comprenons-nous point l'accomplissement du cette prophétie, que mille soldais seront mis en fuite par un seul : » Quis hoc credet? qui s digno sermone historiœ comprehendet ? Romani in gremio suo non pro gloria, sed pro salule pugnare ? Jmo ne pugnare quidem, sed auro et cuncla suppellectili vilain redimere : proh pudor ! et stoiida usque ad incredulitatem mens ! Romanus exercitus victor orbis et dominus, a Barbaris vincitur, hos pavet, horum terretur aspectu, qui ingredi non valent, qui si tetigerint, se mortuos arbitrantur, et non inlelligimus prophelarum voces, Fugient mille uno persequente. — « Les anciens Romains, » ajoute Salvien, « étaient invincibles , et nous n'avons ni force, ni courage. Les Barbares leur payaient tribut, et nous sommes devenus tributaires des Barbares, jusqu'à leur payer le bienfait de l'air que nous respirons : » Fortissimi quondam Romani, nunc sine viribus : timebantur Romani veteres, nos timemus. Vectigalia Mis solvebant populi Barbarorum, nos vectigales Barbaris sumus. Vendunt nobis hostes lucis usuram.

C'est encore ce qu'écrivait saint Jérôme lorsque les armées des Barbares inondaient les terres de l'empire, et que Rome et les Romains étaient dans des transes mortelles. En second lieu, Rome souffrit la peste qui la ravagea pendant le siège d'une manière épouvantable, ainsi qu'on a rapporté ci-dessus, et qui changea cette ville en un vaste sépulcre de ses citoyens, 'pour s'exprimer avec la vierge Démétriade, au rapport d'i même saint Jérôme : Urbs tua, quondam orbis caput, Romani populi scpulcrnm est. Pesiiientias sine cessatione patimur, dit saint

l/APOCALYPSE EXPLIQIÉE

(irégoire dans sa première homélie sur les Evangiles.

Troisièmement, la famine la réduisit aux dernières extrémités, comme on a vu dans le passade de saint Jérô.ie, qui assure que cette faim dégénéra en rage désespérée, et que les Romains, après s'être repus de choses qui font horreur à penser, déchirèrent leurs propres membres , et que les mères mangèrent les enfants qu'elles venaient de mettre au monde, souffrant ainsi les mêmes maux qu'ils avaient fait endurer aux Juifs pendant le siège de Jérusalem, et à plusieurs autres : Romœ famés adeo gravis exarsit, et ad eas anguslias Urbs redacla fuit, ut a speranlibus hominum corpora degustatum iri, vox populi erumperet : Prelium pone carni humanœ. Zosime nous a dit ci-dessus, que les Romains furent réduits à se manger les uns les autres pendant le siège d'Alaric. Il ajoute qu'on en vint à une telle extrémité, que le neuple, croyant qu'on se repaîtrait de chair humaine, demanda hautement qu'on la mît à prix.

Procope ( De bello Goth., lib. h, c. 18), parlant de l'extrémité où Rome se vit réduite lorsque Totila l'assiégeait, dit qu'après que les Romains eurent donné tout leur argent et tous leurs meubles pour acheter des vivres, et qu'enfin ils furent consumés, pour lors tous les habitants se mirent à chercher des orties pour s'en nourrir ; mais comme ils n'en trouvaient presque point, et d'ailleurs, que c'est un aliment peu nourrissant, ils commencèrent à devenir tout exténués, et plusieurs mouraient subitement en marchant, la bouche pleine de ces orties, ils en vinrenten suite jusqu'à se repaître des excréments ; quelques-uns, enragés, ne trouvant plus de chiens ni de rats pour se conserver la vie, ni aucune autre sorte d'animaux, se donnèrent eux-mêmes la mort : Quandiu aureus fuit Romanis nummus, frumentum, et fur fur es emebant , verum ubi demum his défait, domesticam supellectilem omnem in forum in ferre, et pro diurno hanc victu in eorum commutare jacturam : sed ubi militibus frumenti nihil reliquum fuit, quod Romanis impertiri possent , ad urticas universi jam circumspicere, quibus deficientibus, cum earum non magna his copia esset, atque adeo ad saturitalem non omnes haberent, corpore erienuari denique cœperunt , plerique vero, vel incedenies, vel dentibus adhuc ipsis urticas mandentibus, de improviso exanimati cadebant ; jamque purgamentis in cibos, et stercoribus utebantur, nonnulli etiam famé gravati, manus sibimet inferebant, cum nec canes quidem, nec mures de cœtero invenirent, nec aliud usquam demortuum animal , quibus uli in

cibum possint Quorum pars maxima de-

crescentibus prœ inedia viribus mortem passim obibat.

En un mot, la peste, la guerre et la famine désolèrent tellement cette ville infortunée, que quand Totila y entra, il n'y trouva plus que cinq cents personnes de reste d'un nombre infini de peuple qui la remplissait auparavant, ainsi que le même auteur assure :

Cum vero Totilas Romam ingressus est, reperit quingentos in Urbe résides, cœteros omnes jam ex Urbe excessisse, vel lue assumptos periisse.

Le quatrième fléau qui affligea la ville de Rome, fut l'indigence et la misère, où elle tomba du faîte de grandeur et de magnificence où elle s'était vue élevée, et après s'être enrichie des dépouilles de l'univers. Voici ce qu'en dit saint Jérôme (Pra^f. lib. m in Ezech. vin; et Prœf. lib. vu in Ezech. xx.)

« Nous ne nous vantons point du droit d'hospitalité que nous exerçons envers nos frères qui viennent en foule de l'Occident en la Terre-Sainte, dont la fuite, la nudité et les plaies font assez voir la rage des Rarbares, et dont la misère nous fait répandre tant de larmes et pousser tant de sanglots. Qui l'aurait cru que tant de grandeurs et de magnificences, que tant de richesses et de possessions , desquelles on ne savait pas même le nombre ni le compte , pût dégénérer en une si grande disette et pauvreté, et manquer de logements, d'habits et de nourriture? qui l'eût pu penser que Rome, élevée par tant de victoires qui lui avaient acquis la possession de tout l'univers, tombât en ruine, et devînt elle-même le sépulcre de ses enfants, après en avoir été la mère? que tous les rivages de l'Orient, de l'Egypte et de l'Afrique fussent remplis d'esclaves de cette capitale du monde, que la sainte bourgade de Rethléem verrait les grands de l'empire de l'un et de l'autre sexe qui possédaient des biens immenses, réduits à mendier leur pain, et auxquels ne pouvant donner de secours temporels, nous nous contentons de témoigner de la compassion et de joindre nos larmes avec les leurs 1 » Nec jactantes fralrum susceplionem , prœserlim cum Occidentalium fuga , et sanctorum locorum constipalio , nuditate atque vulneribus indigenlium rabiem prœferat Rarbarorum , quos absque lacrymis et gemitu videre non possumus. lllam quondam potenliam et ignorationem divitiarum ad tantam inopiam devenisse, ut lecto, et cibo, et vestimento indigeat ! Quis crederet ut totius orbis exstructa victoriis Roma corrueret, ut ipsa suis populis mater fier et, et sepulcrum? ut tota Orientis, Aigypti, et Africœ liltora, olim dominatricis Urbis servorum et ancillarum numéro complerentur? ut quolidie sancta Rethléem nobiles quondam utriusque sexus, atque omnibus affluentes, susciperet mendicanles ? Quibus quoniam opem ferre non possumus, condolemus, et tacrymas lacrymis jungimus.

Ainsi ceux qui avaient ravi les biens à toute la terre allèrent publier par tout l'univers le châtiment que Dieu avait tiré de leur avarice et de leur rapacité. « Car toutes les histoires grecques et latines font foi qu'il n'y eut jamais de nation plus avare que la juive et la romaine, dit saint Jérôme sur le il' chapitre d'Isaïe : » Ilisloriœ lam Grœcœ quam Latinœ, narrant nihil Judœorum et Romanorum génie esse avarius.

.Mais celle extrême pauvreté à laquelle

Rome fut réduite mérite encore d'être eon-

sidérée plus attentivement; car nous apprenons des historiens, « qu'il fallut, lors du premier siège d'Alaric, dépouiller les statues des faux dieux de tout ce qu'elles avaient de plus précieux, et fondre même des idoles d'or et d'argent pour les joindre au bien des particuliers, et faire des sommes immenses, afin d'obliger ce roi barbare à se retirer, ainsi que le raconte Zosime : » Ut Alaricus prima obsidione liberaret, factum est, ut ad solvendum quinque millies libras argenti, non ornamenta duntaxat sua simulacris adimerentur, verum etiatn nonnulla simulacra ex auro et argento conflarenlur. En quoi on peut admirer la Providence divine, qui, pour confondre les idolâtres, permit qu'on fit de leurs dieux un tel usage, et qu'ensuite, Genséric ayant pris toutes les idoles qui restèrent du sac de Rome, pour Jes emporter en Afrique, le vaisseau qui Les portait, à ce qu'on tient, fit naufrage, et la mer engloutit pour jamais l'idolâtrie romaine et les dieux des nations.

Sur quoi il n'est pas hors de propos de faire attention à ce qu'on écrit des trois rois qui consécutivement abandonnèrent Rome au pillage de leurs soldats, ou même de quatre.

« Premièrement, sous Alaric, l'an 410, le 25 août, après que les Romains eurent multiplié leurs blasphèmes contre Jésus-Christ et sa religion, qu'ils accusaient d'être cause de tous les malheurs de l'empire, et avoir eu vainement recours aux devins, aux sortilèges et aux sacrifices des faux dieux, enfin dit Orose, le bras de Dieu, si longtemps suspendu et si souvent provoqué, s'appesantit sur cette ville malheureuse: Alaric l'assiège, elle s'effraye, il l'attaque, il la prend, il la donne en pillage à ses soldats, qui, se répandant dans les maisons, ravirent tous les biens et les richesses des habitants, et mirent le feu en beaucoup d'endroits : » flaque post hœc tanta augmenta bhisphemiarum, nullaque pcenitenlia, ultima Ma, diuque suspensa Urbem pœna consequitur; adest Alaricus, Irepidam Iîomam obsidet, turbat, irrumpit, mililibus suis universis ac singulis permisit Romanorum opes diripere , utcunque posscnt, omnesque domos eorum deprœdari, mullœ a des incensœ sunt.

Saint Augustin atteste la même chose dans son livre De Urbis excidio , chap. 3 : Eorrenda nobis nuntiata sunt, strayes factœ, incendia, rapinœ, inlerfecliones, excrucialiones hominum.

«En second lieu, Ataulphe , l'an 411, ayant succédé à Alaric, revient à Rome, s'en saisit de nouveau avec ses troupes nombreuses, et, semblable aux sauterelles (p)i succèdent à la grêle, il acheva d'enlever tout ce qui s'était échappé à la rapacité des soldais d'Alaric; et non content de dépouiller les particuliers, il arracha des ouvrages publics tout ce qu'ils avaient de riche et de précieux dans toute l'Italie : » Qui suscepto regno reverlens, iteruin ad Romam, si quid primum remanscrat, more (ocusiarum erasil :

nec tantum privatis diviliis Jlaliam spoliavit, imo et publicis. C'est ce que rappoile Joinandès dans son livre De rébus Geticis.

Aussi, trois ans après, lorsqu'Ataulphe épousa Placidie à Narbonne, il donna à cette princesse cinquante bassins pleins d'or et cinquante autres bassins remplis de pierreries sans prix.

« Troisièmement, l'an 455, Genséric, avec une puissante flotte de vaisseaux, vint aborder à Rome, et, s'en étant emparé facilement, prit tout ce qu'il trouva de meubles et d'ornements impériaux, et tout ce qui restait de beau et de rare dans la ville, entre lesquels il enleva la plus grande partie des tuiles d'airain doré, qui couvraient le temple de Jupiter Capitolin; et ayant embarqué le tout dans ses vaisseaux, il l'emporta avec lui en Afrique, et mit le feu à la ville qu'il avait dépouillée de toutes choses. On dit que le navire qui portait les statues des faux dieux périt seul dans ce voyage, et que les autres arrivèrent heureusement au port de Cartilage. Le sac de cette ville infortunée dura quatorze jours, pendant lesquels les Vandales fouillèrent tranquillement les trésors et enlevèrent tout ce qu'ils purent trouver, sans que personne s'y opposât : » Gensericus ingenti classe in Italiam adnavigans, Romam nullo adversante, facile ingreditur, gazamque omnem imperatoriam in navibus posilam secum in Africain tulit, ac si quo> erant Romœ décora, inter quœ Jovis Capitolini tegularum ex œre auralarum partem dimidiam arripuil : unamvero ex his navibus, ubi statuai fuerunt, periisse, cœteras incolumes in Africam delatas : Urbe incensa, rébus omnibusque direplis. Sed et prosper in Kroni per quatuordecim dies secura el libéra scrutalione, omnibus opibus suis vacuata. (Procop., lib. i De bello Vandal.)

« Quatrièmement, l'an 546, Tolila ayant plusieurs fois ravagé la campagne, assiégé et pris Rome, la donna en pillage à ses soldats, ne retenant pour lui que ce qui était de plus précieux. Combien liouva-t-ou encore de richesses dans les maisons des patrices 1 Enfin on brûla tous les édifices, ou on les démolit, el on enleva tous les habitants, sans en laisser .un seul : » Totilas impératif omnibus Gothis, ut ei inprimis pretiosissima quœque délecta servarent, cœlera sibi haberenl in prœdam : quam multa in patriciorum œdibus inventa fucre ! Denique omnia tel igné absumpta, tel demolita sunt, nullo hominum ini'rbe relicto, quam penitus destitutam dimisit. (Jbid., lib. III.)

Et ce fut pour lors et dans cette triste conjoncture que ce qui est ici prédit fut pleinement accompli :

10. Elle sera brûlée au feu, et les rois de la terre, effrayes de la grandeur de, ses tourmenls et de la fumée de son embrasement, s'arrêteront et se tiendront loin d'elle, disant : Malheur, malheur! Babylone, celte grande ville, cette ville si forte cl si puissante, a été détruite en un moment! Car l'histoire nolis apprend que quand Bélisaire, venu en Italie avec un grand nombre de seigneurs et

d'officiers de guerre et une puissante armée jiour en chasser Totila, eurent appris vers Ostie le mauvais état de Rome, ils s'arrêtèrent, et, quoiqu'ils fussent si près de cette ville désolée qui les appelait à son secours, qu'ils pouvaient en entendre les cris, ils hésitèrent et furent longtemps dans l'étonnement et la crainte, sans oser prendre aucune résolutiun, dit Procope, qui accompagnait Bélisaire dans cette expédition. Combien saint Jérôme et saint Augustin répandirent-ils de larmes à la nouvelle du sac de Rome 1 Hœret vox, et singultus intercipiunt verba dietantis; capitur urbs quœ totum cepit orbem, dit saint Jérôme. Yerum est, écrit saint Augustin, multa audivimus, omnia gemuimus, sœpe flevimus, vix consolait sumus. Sur quoi le même saint Jérôme (Prœf. in Ezech.) fait voir son étonnement en ces termes : lia consternatus obslupui, ut nihil aliud diebus et noctibus, nisi de salut e omnium cogitarem meque in captivitate sanctoruui putarem esse captivum, nec possem ora rcserere; et l'on peut dire que ce furent les sentiments du monde entier.

Rutin écrit que de Sicile, où il s'était retiré, il voyait les feux dont l'ennemi barbare embrasait l'Italie, surtout la ville de Rege. Bélisaire ne pouvant empêcher la ruine de cette ville infortunée, aux portes de laquelle il était, en fut si pénétré de douleur, qu'il en tomba malade : Trepido

nuntio obstupefactus niliil sciscitatur sed

ralus portion cum uxore fuisse amissum, jacturam se omnium rerum j'ecisse, nec aliud sibi suisque rébus reliquum esse praesidium, quo se incoliones perditis in posterum rébus reciperent, ne hiscere qu'idem potuit, dolor namque intercluserat vocem. Sic itaque, re infecta, liomanus excrcitus abscessit, Belisa-

rius vero cum ad portion venisset et ad-

versœ fortunœ indoluisset, in œgritudinem

incidit Tune Totilas intra Urbem recipi-

lur, etc.

Le cinquième des fléaux que Home éprouva, fut la captivité de ses citoyens traînés en esclavage dans tous les endroits de l'univers, particulièrement lors de l'invasion des Vandales, dont nous lisons ce qui suit chez un historien de ce temps-là (Vict. Vitens., Jib. ii), et qui est conforme à ce que tous les autres en ont laissé par écrit : « Il arriva, » dit-il, « en punition des péchés que les Romains commettaient, que Genséric prit cette fameuse et illustre ville, et s'empara des dépouilles d'un grand nombre de rois. Il réduisit en captivité les habitants; et en ayant emmené une grande multitude en Afrique, les Vandales et les Maures les partagèrent entre eux, selon la coutume des Barbares : pour lors on sépara les enfants de leurs pères, les femmes de leurs maris, etc.; de sorte que Genséric enleva de Rome, avec des richesses inestimables, plusieurs milliers de Romains qui fuient mis en esclavage : nLactus est peccalis urgentibus,ut urbem illurn quondam nobilissimam, atque famosam, Gensericus caperet Romam, et simul exinde regum multonon (Initias cum populis

L'APOCALYPSE EXPLIQUÉE

caplivavit : quœ dum multitude captivitatis Africanum attingere liitus, dividentibus Yandulis et Mauris, inqentcm populi quanlitutem, ut moris est Barbaris, mariti ab uxo-

ribus, liberi a parentibus separabanlur et

his omnibus opibus ablatis, multa inde captivorum millia Carthaginem evexit. Quis enim, dit Ru fin (Epist. ad Ursa., in Ann. Euseb., lib. vi, cap. 37, edit. Vales.), ibi stylo locusest, ubi hostilia tela metuuntur ? ubi in oculis est urbium agr or unique vastatio? ubi fugitur per marina discrimina, et ne ipsa quidem absque metu habenlur exsilia? In conspectu etenim, ut videbas etiam ipse, nostro, barbarus qui reginum oppidum miscebat incendio, etc.

Ainsi ceux qui avaient emmené tant de captifs de Carthage à Rome, furent euxmêmes à leur tour ramenés esclaves de Rome à Carthage, comme les Juifs le furent en Egypte après la prise de Jérusalem par ïite, et nous venons de voir il n'y a qu'un moment, que, selon saint Jérôme, il n'y avait point de rivage dans l'Orient, l'Egypte et l'Afrique, qui ne fût rempli de Romains qu'on vendait comme des esclaves.

Enfin, le dernier fléau de la colère de Dieu sur Rome, fut le feu qui la dévora et la réduisit en cendres, elle qui avait rempli d'incendies tout l'univers. On l'a vu plusieurs fois ci-dessus dans h s passages qu'on a rapportés au sujet de sa prise, à quoi il faut ajouter ce témoignage de saint Jérôme : « 0 malheur, » dit ce grand docteur, « l'univers tombe, et nos péchés subsistent encore I Cette grande et illustre ville, la capitale de tout l'empire romain, a été détruite par un seul incendie : il n'y a point de pays au monde où l'on ne voie des Romains fugitifs Ces églises autrefois si belles, ont été réduites en cendres et en charbons : Proh nefas ! Orbis terrarum mit, et in nobis peccata non ruunt ! Urbs inclita, et Romani imperii caput, uno hausta est incendio ! nulla est regio, quœ non exsuies Romanos habeat : in cineres ac favillas quondam ecclesiœ conciderunt.

Et le même Père parlant de sainte Probe, qui se relirait de Rome, dit, que de la mer elle voyait sa patrie fumante : Quœ de medio maris fumantem viderai palriam. Il nous représente l'Italie en habit lugubre, les murs de Rome renversés, ses maisons pillées, sesédifices brûlés et démolis, et ses citoyens

dans les fers: Tune lugubres vestes Italia

et semiruta urbis Romœ mœnia incensis,

dbeptisque domibus, et in urbe captivilas.

Socrateconlirme la même chose : « Alaric, i> dit-il (I'Ij. vu, c. 10), « prit Rome, et ses troupes pillèrent cette grande ville, brûlèrent ses plus magnifiques bâtiments, partagèrent entre eux le butin, et firent mourir par de cruels supplices les principaux du sénat : » Poslea Barburi qui erant cum Alarico, ayris urbibusque, in quas forte incid<bant, vastalis, tandem Romain occupai uni, quam etiam popttlati, multa insiynia monumenta spectatu dignisstma iucendere, pecuiiium ciritini rapere, complwei ordinis vesm-

torii viros, variis supplicii generibus cruciatos interficere cœperunl.

Saint Jérôme , décrivant la vertu de la vierge Déruétriade, dit que sa mère et son aïeule trouvèrent dans, la pieuse résolution de leur tille de quoi se cousolerde l'incendie de Rome réduite en cendres : Invertisse quod Romanœ urbis cineres miligaret.

Après cela, doit-on chercher d'autre accomplissement de ces paroles prophétiques de; Y Apocalypse mises ici? Parce quelle dit dans son cœur : Je suis reine, je suis assise sur le trône, je ne suis point veuve, et je ne verrai point la mort. A cause de cela viendront sur elle en un même jour les plaies qui lui sont préparées, la mort, le deuil et la faim,

et elle sera brûlée dans le feu et on verra

la fumée de son embrasement et on dira:

Malheur, malheur! cette grande ville qui était vêtue de soie, de pourpre et d'écarlate, et qui était parée d'or, de pierreries et de perles, a perdu en un moment ses grandes richesses ! Et ils crieront en voyant le lieu de son embrasement : Quelle ville fut jamais semblable à cette grande ville? 0 ciel, ô saints apôtres , réjouissez-vous de ce quelle est traitée de la sorte, car c'est Dieu qui vous a vengés d'elle: « Quia in corde suo dicit : Sedeo regina , et vidua non sum et luclum non videbo. Ideo in una die venient plagœ ejus, mors, et luctus, et famés, et igné comburetur, » etc.

Peut-on voir une plus grande conformité entre la prophétie et l'histoire ; mais il faut achever ce qui reste de ce chapitre, qui demande quelque observation.

21. Alors un ange puissant éleva une pierre semblable à une grande meule, et la jeta dans la mer, en disant : Babylone, celte grande ville, sera précipitée avec la même impétuosité, et on ne la trouvera plus.

Non que Rome dût être engloutie, pour ne jamais paraître : mais cela veut dire que ce qui s'appellera Rome dans la suite, ne sera plus cette ancienne Rome en grandeur, en édifices, en lemples, en palais, en richesses, en habitants, en domination, en superstition, en idolâtrie. Ce qui peut être confirmé par la prédiction que fit saint Benoît, au rapport de saint Grégoire, à un évêque qui, se persuadant que Rome allait être détruite de fond en comble par les Barbares, et qu'elle ne serait jamais habitée, reçut pour réponse de ce grand patriarche: Que Rome ne serait pas tout à fait exterminée, mais qu'elle serait presque bouleversée par les tempêtes, les foudres, les orages, et les tremblements de terre: ce que nous voyons de nos yeux accompli, dit saint Grégoire (Dialog.\ lib. n, c. 15), considérant les murs de la ville renversés, les maisons ruinées, les églises démolies, les édifices ébranlés par leur propre vétusté, et tombant d'eux-mêmes: Roma a gentibus non exlerminabitur, sed tempestatibus, coruscis, et turbinibus, ac terrœ motu fatigata, in semetipsa marcescet, cujus prophetiœ mysteria nobis jam facta sunt luce clariora, qui in hac urbe dissoluta mœnia, eversas domos, deslru' dus ecclesias turbine cernimus, ejusque œdi-

ficia longo senio lassata ruinis crebrescentibus prosterni.

Combien a-t-on dit de fois qu'on cherchait Rome dans Rome même, à la manière que Notre-Seigneur assurait de Jérusalem, qu'il n'y resterait pierre sur pierre, et qu'elle demeurerait déserte, parce qu'en effet ce qui a porté depuis le nom de Jérusalem, n'a plus été ce qu'on appelait autrefois Jérusalem : Dabo Jérusalem in acervos arenœ, et cubilia draconum, etc., eo quod non sit habitator, etc. « Car tout ainsi qu'un vase de terre ou d'argile, quand il est une fois brisé, ne recouvre plus sa première forme et beauté; ainsi le peuple juif une fois détruit, et Jérusalem renversée, ne peuvent plus recouvrer leur premier éclat, disait saint Jérôme (in Jerem. xixjà ce propos : nQuomodo enim vas fictile et testeum, si fractum fuerit, in antiquam speciem non polest rcformari; sic et populus Judœorum, et Jérusalem subversa, statum pristinum non habebunt.

On peut néanmoins ajouter que ceci s'est accompli à la lettre lorsque tous les dieux romains furent engloutis dans la mer par le naufrage du vaisseau qui les portait de Rome en Afrique ; car depuis ce temps-là on n'a plus ouï parler de l'idolâtrie romaine.

23. Parce que toutes les nations ont été séduites par tes enchantements, et que tu t'es rendue coupable du sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui ont été tués sur la terre.

Voilà le double sujet de sa ruine, la corruption de la terre qu'elle a entraînée dans son idolâtrie, et l'effusion du sang fidèle qu'elle a répandu dans toute l'étendue de son empire, ainsi il faut que le sien soit épanché, et que la religion du vrai Dieu soit établie.

Que si de la désolation de Rome on veut jeter les yeux sur la désolation de l'empire, de quelle horreur ne sera-t-on pas frappé ? L'image de la Judée, après sa ruine par Tite et par Adrien, en approche-t-elle? Voici ce qu'en dit saint Jérôme sur ces paroles du ivc chapitre d'Osée : « Pour ce sujet la terre pleurera; car lorsque les dix tribus seront menées en captivité, la terre demeurant sans habitants, les bêtes disparaîtront aussi, bien que les oiseaux du ciel et les poissons de la mer; et les éléments même, tout insensibles qu'ils soient, se sentiront de la colère du Seigneur. Que celui qui ne croit pas que ces choses soient arrivées au peuple juif, jette les yeux sur l'IIlyrie, sur la ïhrace, sur la Macédoine, sur la Pannonie, et sur toute cette étendue de terre qui règne depuis la Propontide et le Bosphore jusqu'aux Alpes Juliennes, et il trouvera qu'avec les hommes tous les animaux qui servaient à leur usage, et que le Créateur sustentait à cette fin, ont disparu : » Propter hoc lugebit terra : Cum enim captivitas decem tribuum venerit, habitatore sublato, bestiœ quoque, et volucres cœli, et pisces maris déficient, iramque Domini etiam muta elementa sentient. Hoc qui non crédit accidisse populo Israël, cernât lllyricum , cernât Thracias , M"cedoniam ,

mi

atque Pannonias, omnemque terrain, quœ a Propont ide et Bosphoro usque ad Alpes Julias tenditur, et probabit cum hominibus animantia cuncta deficere, quœ in usus hominum a Créature prius alebantur. Hoc verum esse, ajoute le même Père (m Jerem. iv), nunc lotus orbis denwnslrat, ut cœsa hominum multititdine, volatilia quoque, quœ soient habitatores sequi, abierint, et perierint.

Et sur le vu" chapitre du prophète Isaïe, il achève cette triste peinture, en ces termes : « Plût à Dieu que nous ne sussions pas, » dit-il, «que ces désolations sont les suites de la captivité 1 Car maintenant une grande partie de l'empire romain est devenue semblable à la Judée, ce qui ne peut être qu'un effet de la colère de Dieu qui venge le mépris que nous faisons de ses lois, non plus par les Assyriens ou les Chaldéens, mais par des nations féroces, et dont nous n'avions jamais ouï parler, de qui le regard n'est pas moins terrible que le langage, et qui avec des visages efféminés et découpés mettent des hommes vaillants et de bonne mine en fuite, et les percent de leurs traits : » Hœc post captivitalem fieri utinam nesciremus ! At nunc maijna pars Romani orbis Judœœ quondam similis est ; quod absque ira Dei faclum non pulamus, qui nequaquam contemptum sui per Assyrios ulciscitur, et Chaldœos, sed per feras gentes, et quondam nobis incognitas, quarum et vultus, et sermo terribilis est, et jemineas, incisasque faciès prœferenles, viro-

rum et bene barbarorum fugientia terga confodiunt.

Telle fut la désolation et la ruine de cet empire si superbe; à quoi ou' peut encore ajouter les paroles du même saint Jérôme en cet endroit : In illo tempore, prœ hominum paucitale, tanta erit vastitas, ut nequaquam armenta boum habeant, nec grèges ovium, sicut prius habere consueverant ; in vêpres enimet in spinas oinnis terra redigetur, tanlaque erit formido, ubiquc sœvientibus gladiis, ut absque arcu et sagiltis, nullus suum agrum invisere audeat, et derelictis campestribus locis, ad montana confugiantt ibique locorum difftrultate munili, vix asperos montes manu fodiant, quia boves, aratra, et vomeres non habebunt ; sic ubique ergo rarus cultor in monlibus fuerit inventus, inde vitam miserabilem sustentabunt : cœtera autem patebunl pascuis, et absque ullo custode a brutis animantibus conculcabuntur. Hœc post captivitatem, etc.

Telle devint la face de l'empire romain, autrefois si riche, si peuplé, si cultivé, et dont l'impiété et la cruauté, jointes à un orgueil et à une avarice qui n'eurent jamais de semblables, attirèrent enfin la vengeance du Ciel, ainsi que l'Apôtre vient de nous le décrire en des termes si magnifiques, si vifs, et qui se véritièrent à la lettre, comme il le prédisait plus de quatre ou cinq cents ans auparavant.

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