‹ Œuvres completesChapitre 3 sur 296 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Où l'on rend raison de cet ouvrage.

Les personnes peu éclairées dans les mystères de la religion s'imaginent assez ordinairement qu'il est fort aisé de composer un Catéchisme : les savants, qui ne sont guère expérimentés dans l'exercice de l'instruction, n'en goûtent quasi point, et se persuadent qu'ils en feraient de bien plus beaux que ceux que nous avons, s'ils s'en voulaient donner la peine, et presque qui que ce soit, parmi le grand nombre de ceux qu'on a mis en lumière, n'en trouve aucun à son gré, que celui peut-être dont il est l'auteur ; et, en effet, on n'en a point vu jusqu'ici, qui ait mérité l'approbation générale, et qui soit devenu d'un usage universel ,

OEUVRES COMPL. DE DE LA CllÉTARDIE.

quoiqu'on en ait fort désiré de semblables, et qu'on en ait imprimé plusieurs dans cette vue. Il est vrai que comme la doctrine chrétienne est la science la plus relevée, la plus excellente, la plus nécessaire et la plus admirable de toutes; aussi faut-il avouer que tout aisée qu'elle soit à croire en elle-même par une foi simple, elle est néanmoins difficile à bien entendre et à bien faire entendre par voie de discipline et d'instruction méthodique; car, afin de réussir parfaitement dans un tel dessein, qui, plus qu'aucun autre, demande une mûre considération, une doctrine exacte, un sens rassis, une parfaite connaissance de la religion et de la langue dans laquelle on écrit, il faut savoir à fond la plus haute théologie, autrement les expressions ne seront ni justes,

GEUVKLS COMPLtTKS DE DE LA CHETARDIE.

ni même catholiques. Il faut s'expliquer sur les mystères et sur les sujets du monde les plus sublimes et les plus obscurs dans un style familier , intelligible, populaire et net , qui néanmoins ne soit ni bas, ni rampant. Il faut, de plus, être extrêmement méthodique, et savoir rendre raison , en général , de l'ordre de son livre, du partage des traités , et du rang de chaque leçon, et même de chaque demande , autrement il y aura de la confusion dans la mémoire des enfants, et dans l'esprit des lecteurs. Enfin il faut être exactement clair et succinct, quoiqu'il s'agisse de développer la doctrine la plus profonde et la plus vaste qui fut jamais; joint qu'il n'est pas donné à tous de trouver sur chaque point de doctrine, l'idée nelte et l'expression juste; et, arec tout cela, quand même vous auriez atteint ces perfections , vous ne contenterez pas tout le monde, parce que chacun s'est formé une idée particulière de catéchisme toute différente l'une de l'autre, qu'il est par conséquent impossible de remplir par un seul ouvrage : l'un qui est curé de campagne , et qui n'a sous sa charge qu'un peuple grossier, voudrait un petit catéchisme, qui [ne contînt que le pur nécessaire, mêlé d'histoires, et de comparaisons familières; l'autre qui travaille dans une ■ville médiocre, demande une explication plus étendue et plus forte; un troisième, qui fera la doctrine dans une grande ville, où assistent plusieurs enfants de condition, grands et spirituels, et même des personnes âgées et considérables, cherche un grand catéchisme qui le soutienne toute une année, et qui explique au long nos mystères. Les religieuses qui enseignent les jeunes filles, pensionnaires ou externes, et même quelquefois de nouvelles converties; les maîtres et maîtresses d'école , les pères et mères de famille, et semblables, en désireraient un qui fût extrêmement instructif, touchant et dévot; de sorte qu'il faudrait presque autant de catéchismes différents qu'il .y a de paroisses et d'écoles : comme en effet, chacun, s'il avait bien du zèle, en devrait composer un proportionné à ceux qu'il enseigne. Enfin, un grand et illustre prélat, qui sait l'extrême besoin qu'on a de science, par le digne et continuel usage qu'il fait de la sienne, en a demandé un autre qui [)ût servir aux curés, aux ecclésiastiques de son diocèse, comme d'un livre où fût contenu tout le fond de la doctrine chrétienne expliquée , et dans lequel ils vinssent puiser des instructions dont ils se nourriraient premièrement eux-mêmes, et qu'ils digéreraient ensuite par leurs réflexions; dans lequel ils trouvassent de quoi faire un bon prône, et de quoi faire un simple catéchisme, pourvu qu'ils s'appliquassent^ le lire avec attention, à le bien comprendre, à se le rendre propre, et à proportionner ensuite cette manne spirituelle à la qualité, à la capacité cl aux dispositions de ceux qui l'écouteraient ; semblables aux nourrices qui changent les viandes solides en lait pour nourrir leurs en-

fants, et aux abeilles qui, des fleurs d'un parterre, en composent leur miel, qu'on sait pourtant être d'une substance différente des fleurs. Il est sans doute qu'un catéchisme de cette dernière espèce, serait d'une utilité fort considérable et d'un usage très-grand , et c'est ce qu'on a tâché de faire dans ce premier catéchisme; principalement composé en faveur de ceux qui s'appliquent à l'instruction ; car, à l'égard des enfants , les deux abrégés imprimés dans le second tome, et dans un livre séparé, peuvent leur suffire abondamment.

On eût bien souhaité de faire ce livre plus court; mais, malgré le retranchement des mots inutiles, des expressions diffuses et des redites, il n'a pas été possible de l'abréger davantage , sans dérober des instructions importantes, ou sans devenir obscur et embarrassé; on trouvera même qu'en plus d'un endroit on a préféré le style concis et serré mais qui contient la doctrine exacte, à la pureté de la langue et aux règles de l'élégance du discours , et qu'on a affecté des phrases qui disent peu, mais qui donnent beaucoup à penser. D'aileurs, comme ce siècle est devenu plus éclairé, les ecclésiastiques [dus savants, les peuples mieux instruits, l'esprit des enfants plus avancé et plus ouvert, les petits catéchismes dont on s'était ci-devant servi ne suffisent communément plus à présent : ce sont des sommaires dont la sécheresse rebuterait, et qu'on ne goûterait pas ; on les avait dressés principalement pour la mémoire , et on avait eu peu d'égard au jugement et aux réflexions. Aujourd'hui on en veut qui expliquent le fond de la doctrine chrétienne et les principe de la religion d'une manière plus raisonnée et plus suivie, et qui traitent les matières de controverse un peu au long, comme celles de l'Eucharistie, de l'Eglise, de l'invocation des saints, des images, des reliques, etc., en faveur des nouveaux convertis, et pour les détromper de leurs préventions, ainsi qu'on peut voir par les amples catéchismes qu'on a mis en ^lumière dans la plupart des diocèses, auxquels on a jugé très,à propos de se conformer, et surtout à l'égard du mystère, de la très-sainte Trinité, que de nouveaux hérétiques attaquent aussi vivement que faisaient les anciens ennemis de la divinité de Jésus-Christ, c'est pourquoi on ne doit pas trouver mauvais si on a expliqué un peu au long en quel sens il faut entendre certaines expressions dont ils abusent,par exemple, que le Fils est le conseiller, le messager, l'apôtre, l'ange du Père : que le Père est plus grand que le Fils, langage qu'on trouve dans saint Athanase, et d'autres savants Pères très-zélés défenseurs delà consubslantialité, même après le concile de Nice : ce qui seul devrait confondre ces impies, lorsqu'ils veulent tirer à conséquence de semblables termes dans les auteurs plus reculés et dont les docteurs de l'Eglise ont cent et cent lois donné le véritable sens. ;

En elfet, pour revenir à ce qu'on disait, on veut, et on ordonne même sous peine

CATECHISME DE BOURGES. — PREFACE

de censure, qu'on fasse le catéchisme tous les dimanches et toutes les l'êtes de l'année; cependant, un curé, assidu à instruire son peuple, a épuisé en sept ou huit leçons ces petits abrégés, après quoi il ne sait plus que dire è ses enfants, qui, d'ailleurs , les ayant bientôt appris, les oublient souvent avec la même promptitude : de sorte qu'il faut qu'il ait recours à d'autres livres pour y suppléer, et dire quelque chose de nouveau; ou qu'il compose de plus amples instructions , de quoi tout le monde n'est pas capable; ou qu'il se désiste de ce saint exercice , de peur d'ennuyer le monde à force de redire les mêmes choses, et c'est le plus grand et le plus ordinaire inconvénient. Il a donc semblé incomparablement mieux, outre les deux abrégés, d'en proposer un troisième, qui fût ample, laissant à la discrétion du catéchiste de supprimer, et les demandes, elles leçons, et les instructions mêmes tout entières , qu'il jugera trop longues ou trop savantes, eu égard à son auditoire, et de les résener pour ses prônes, ou lorsqu'il l'en aura rendu capable, comme il est arrivé à plusieurs curés zélés, et qui ont rendu fort savants les peuples qu'ils avaient trouvés grossiers et ignorants, par la fidélité infatigable qu'ils ont eue à les instruire et surtout par leur attachement à former et élever la jeunesse dès le plus bas âge.

On voit dans cette ville tous les dimanches et toutes les fêtes des enfants de quatre ans, réciter par cœur[des actes fort longs ; et d'autres qui n'en ont pas six, répondre parfaitement bien, et d'une manière libre et aisée, sur ce qu'il y a déplus difficile dans le catéchisme, qu'on leur a prenait avant de le faire imprimer, et cela sans leur en avoir donné de billets: Il y a treize ans que la chose dure, et qu'on l'admire: pourquoi donc n'en ferait-on pas partout autant, si on s'en voulait donner, non pas la peine, mais le plaisir et la consolation ?Dn semblable exemple ne devrait-il pas fermer la bouche à ceux qui, au lieu d'exagérer le défaut d'esprit dans les peuples, devraient plutôt crier contre le défaut de zèle dans ceux qui sont chargés de les instruire.

Cependant, comme tout le monde n'a pas assez de temps ou de facilité pour abréger un grand catéchisme, on vous en présente ici trois : le premier propre aux petits enfants et aux personnes les plus grossières; le second, à ceux qui commencent d'être en étal de s'approcher des sacrements; et le troisième, pour les plus savants et pour les catéchistes mêmes, qu'on a eu particulièrement en vue, comme on vient de dire. Ainsi, les abrégés sont le lait des enfants; et le grand, la viande solide des hommes parfaits, que néanmoins on a jugé devoir mettre le premier en ordre. On a ajouté divers Actes,. en manière de profession de foi, qu'on a mis à la fin, d'autant plus volontiers, que quelques-uns de MM. les curés qui l'avaient en manuscrit, en ayant fait la lecture à leurs peuples à la fui du prône, ont vu qu'elle était écoulée avec beaucoup d'attention et de

plaisir, et par conséquent d'utilité. Et parce qu'on a tâché de ne dire point deux fois la même chose, ceux qui voudront se servir du grand catéchisme consulteront, s'il leur plaît, auparavant le second el le troisième, s'ils ne veulent rien omettre d'important.

La doctrine chrétienne élant d'une étendue aussi vaste que sa diversité est grande, on a cru, pour la ranger méthodiquement, la devoir rapporter à cinq chefs : à ce qu'on doit, 1" croire, 2° recevoir, 3U faire, k" éviter, 5° méditer. Ce partage toul naturel ne doit pas être regardé comme une pure invention de l'esprit humain, puisqu'il est fondé sur les paroles du Fils de Dieu, lequel, au moment même de son ascension au ciel, donna à ses disciples cette dernière leçon, comme en sommaire merveilleux de tout l'Evangile : Et accedens Jésus loculus est eis dicens : Data est. mihi omnis potestas in cœlo et in terni : Euntes ergo inmundum universum, prœdicaie Evangelium itniversœ creaturœ : qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit; qui vero non crediderit cbndemnabitur. (Marc, xvi, 15, 16.) Docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spirilus sancti, docentes eos servate omnia quœrunque mandavi vobis. (Matth. xxviu, 18-20.) Tune aperuit illis sensum ut inteliigerent Scripluras, etc. [Luc. xxiv, 45.) Car l'obligation que nous avons, 1" de croire, nous est montrée par ces mots : Qui crediderit salvus erit ; 2° et de recevoir les sacrements, par ceux-ci : Qui baptizatus fuerit salvus erit ; 3° et de faire de bonnes oeuvres, ou de pratiquer les vertus, et garder les commandements, par ceux-ci :

Docentes eos servare omnia quœcunque mandavi vobis; k" et d'éviter le péché, par ceuxci : Qui vero non crediderit condemnabitur, 5° et de méditer la loi de Dieu, par ceux-ci : Tune aperuit illis sensum ut inteliigerent Scripturas. Ainsi, on a cru ne pouvoir rien imaginer de mieux que de se conformer à un plan si excellent.

On finit en avertissant qu'on ne touchera plus à cet ouvra ;e, quelque nouvelle édition qu'on en fasse, non qu'on croie avoir épuisé la doctrine chrétienne ; au contraire, c'est à cause qu'elle est inépuisable, et que qui voudrait ne cesser d'ajouter et perfectionner que quand l'étude ou l'esprit ne fournirait plus rien ne finirait jamais, qu'il faut reconnaître sa propre insuffisance, succomber à sa matière, et laisser aux personnes plus éclairées a faire mieux.

Non est finis Ihesaurorum ejus. (Isa. n, 7.)

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