DU CARÊME
Qu est-ce que le Carême ?
Un jeûne solennel de quarante jours que l'Eglise célèbre avec beaucoup de dévotion et d'exactitude.
Qui rend ce jeûne recommandable ?
1° L'exemple de Jésus-Christ ; 2° l'institution et l'observation des apôtres et de toute l'ancienne Eglise; 3° la pratique de tous les fidèles; k° la fin et la grâce de ce jeûne, de réprimer les vices, d'élever les âmes, et d'enrichir de vertus, de mérites et de récompenses; 5° la religion qui oblige de donner à Dieu cette quarantaine, comme la dîme dechaque année ; 6° l'Office ecclésiastique qui est plus long, plus dévot, plus mystérieux qu'à l'ordinaire, et qui met devant les yeux tout ce que la foi a de plus grand, de plus auguste et de plus sacré; 7" la prédication quotidienne de la parole de Dieu ; 8° la santé môme corporelle que le Carême, qui devrait diminuer les forces, a la vertu de rétablir; 9° les grands mystères delà Passion, où il aboutit et auxquels il dispose et conduit.
Pourquoi lr nombre de quarante?
Il a toujours été consacré à la pénitence : 1° il (p! ut quarante jours lors du déluge, Dieu donnant ce temps aux pécheurs pour apaiser sa colère; 2° Moïse et Elie jeûnèrent quarante jours ; 3°les Israélites errèrent quarante années dans le désert, pour expier leurs crimes ; 4° Jouas ne donna que quarante jours aux Ninivites pour faire pénitence.
Que doit-on observer sur le manger, afin déjeuner dans l'esprit de l Eglise?
1° La quantité, ne faisant qu'un repas par jour (la collation du soir ne méritant pas ce nom ), encore faut-il que la tempérance préside à ce repas, bien des personnes mangeant tard, et se remplissant ensuite exe ssi veinent; ne voyant pas, comme dit saint Jérôme, qu'une faim légère mais continuelle, est plus mortifiante, plus utile, et moins sujette à l'amour-propre et à la sensualité qu'une longue abstinence suivie d'un rassasiement entier, le tout néanmoins avec prudence, discrétion, conseil, le trop en ces choses-là étant quelquefois autant à craindre à certaines gens, que le trop peu à d'autres. 2° La qualité, s'abstenantde viande etd'œufs: on se privait autrefois de beurre, de laitance, de fromage et de mets délicats : est-ce jeûner que de dépenser plus à sa table, et de flatter plus sa sensualité en Carême qu'en un autre temps? Non que l'usage des aliments grossiers soit à couvert de la sensualité : le démon tenta Adam avec une pomme, et Jésus- Christ avec du pain ; David se reprit d'avoir convoité un peu d'eau. 3° L'heure, ne mangeant que sur le midi : il y a peu de siècles qu'on ne mangeait qu'une fois sur le soir, environ l'heure où Jésus-Christ expira, et les Vêpres, qu'on dit encore avant le repas, en sont un vestige, une preuve du relâchement, une protestation contre, et une exhortation accompagnée de reproche, k" Le nombre de quarante jours qu'il fautjeûner, la seule abstinence étant de précepte les dimanches, qui sont comme des stations, pour prendre haleine et recouvrer ses iorces, afin de poursuivre sa course après s'y être rafraîchi, non par l'intempérance, mais par le souvenir de la résurrection et du banquet éternel qui nous est promis, ainsi qu'un voyageur à l'ombre d'un arbre, disent les saints. 5° L'universalité des personnes, nul n'en étant exempt sans des raisons valables, et dispense de l'Eglise.
Et à l égard du boire?
1° Hors du repas, il faut se priver des liqueurs nourrissantes. 2° L'Eglise grecque retranche le vin. 3" Les vrais jeûneurs se sont macérés par la soif, comme Moïse, les Ninivites, et Jésus-Christ Notre-Seigneur. Saint Fructueux allant au martyre, refusa de boire, parce qu'il était jeûne ce jour-là, et que l'heure de la réfection n'était pas encore venue; il était dix heures du matin : nous jeûnons aujourd'hui, dit-il, je ne bois pas encore, k" L'Eglise, dans son Office, nous exhorte à celle mortification. 5° Si on ne rompt pas le jeûne, on peut par là s'éloigner de la fin du jeûne, en [tordre le mérite aussi
bien que par l'excès du dîner, dit saint Thomas, et pécher contre la tempérance. Cu Quelle soif :ie souffre point un hydropique pour recouvrer sa santé ou pour prolonger sa vie? Ne ferez- vous rien pour la vie et la santé de votre âme? 7° Il est bon d'honorer la soif de Jésus- Christ à la croix, et de se priver de ce rafraîchissement, ainsi que le saint roi David. 8" Et de racheter par une soif temporelle, la soif éternelle des réprouvés dans l'enfer, dont le mauvais riche brûlait, et brûlera éternellement en punition de ses sensualités. 9° Enfin quel Carême , pendant lequel on ne souffre ni faim, ni soif, ni inanitionl
Que doit-on faire encore?
1° Retrancher plus soigneusement qu'à l'ordinaire tous désirs illicites, de peur de ressembler au démon , qui pèche > et ne mange jamais. 2° S'abstenir de plusieurs choses permises. 3* Dépenser moins en ce temps, afin de donner cette épargne aux pauvres, pratique admirable des premiers Chrétiens, à qui ce qu'ils se dérobaient et ce qu'ils gagnaient par leurs mains, tenait lieu d'un juste fonds pour faire l'aumône ; toute autre étant peu méritoire en comparaison de celle-là. k" Offrir souvent son jeûne à Dieu en l'honneur et en union des jeûnes de son très-cher Fils. 5° Joindre ;iu jeûne une oraison plus longue et plus fervente, Dieu d'ordinaire nourrissant abondamment l'âme quand le corps jeûne. 6° Enfin le silence. 7° La retraite. 8° La lecture des bons livres. 9° L'assistance au sermon. 10° La visite des pauvres, des églises, des hôpitaux', des prisons. 11° La prière. 12° Les veilles. 13° La mortification des sens et de la chair, et semblables pratiques faites avec conseil et prudence, sont d'un grand secours pour profiter de ce temps salutaire. En effet, quoi de plus avantageux pour le salut, que de mortifier son corps par l'abstinence, de sanclifier son âme par la prière, d'honorer Dieu dans le prochain par Ja charité ? Car c'est à quoi tout ce qu'on a dit se rapporte.
Quelles considérations devons-nous faire quand nous jeûnons?
1° L'intempérance est la cause de la perte de notre nature, et qu'elle a chassé du paradis notre premier père, dont les gourmands renouvellent sans cesse îe crime. 2° Ayant péché , nous ne méritons pas de vivre. 3° Surmontant la gourmandise qui est un vice capital, nous en surmontons plusieurs à la fois. k° Par un peu de faim et de soif temporelles, nous nous rachetons de la faim et de la soif éternelles que les réprouvés souffriront à jamais en enfer : jeûnons donc pour ne pas jeûner. 5" Par la soustraction des aliments, nous punissons toutes les parties et loules les facultés de notre corps, qui toutes ont offensé Dieu, et n'ont été que trop les instruments du péché. 6° Le retranchement des aliments corporels est un moyen de donner la nourriture spirituelle à notre âme, et de pratiquer l'oraison, la charité et les autres exercices de piété auxquels il dispose. 7° Un grand nombre de personnes plus
nobles, plus délicates et plus agréables à Dieu que nous, sont réduites à jeûner toujours et à faire un Carême continuel , ce qui devrait être en un sens la vie d'un vrai Chrétien. 8° Divers malades, pour recouvrer la santé corporelle, observent des diètes bien autres : faites par vertu ce que tant de gens font par nécessité : vous êtes fort et robuste, ne vous laissez pas surmonter parles faibles et les infirmes.
Que doit-on faire encore pour sanctifier le jeûne du Carême ?
Le rendre universel, faisant tout jeûner en nous : 1° la convoitise, fuyant toute offense deDieu, particulièrement la colère, la vanité, la singularité , le chagrin et la mauvaise humeur, dont les jeûneurs sont tentés assez souvent; 2° l'amour-propre, retranchant les vaines satisfactions du monde, la complaisance sur soi même et sur ses prétendues bonnes œuvres; 3° la langue, prenant garde qu'en s'abstenant de la chair des bêtes, on ne déchire celle du prochain par la médisance. Que sert d'avoir l'estomac vide de viande et le cœur enflé d'orgueil? la bouche pâle de jeûne, et l'œil noir d'envie; h" les sens, leur refusant ce qui les flatte, les beaux objeis aux yeux, les curiosités aux oreilles, les parfums à l'odorat. Saint Louis ne voulait pas que les princesses enfants portassent des fleurs en Carême ; tout cela a péché, tout cela doit être corrigé et purifié par le jeûne; 5° les pères et mères de famille et autres supérieurs doivent veiller à ce que ceux qui dépendent d'eux l'observent. Malheur aux tabareliers et autres qui servent d'instruments à la gourmandise et à l'impiété des hérétiques ou des méchants Catholiques ; car l'observation du Carême est à présent comme un acte et une proiession de foi et de religion.
Qui doit encore inspirer la piété en ce temps?
1° Jésus-Christ qui se retire; 2° le jeûne qui élève; 3° l'Eglise qui gémit; k" les vérités qui se prêchent; 5° le monde qui se réforme; 6° les mystères qui se célèbrent; 7° les péchés qui se remettent; 8° les grûces qui s'accordent; 9° les cieux qui s'ouvrent; 10° enfin ce temps est propre à obtenir les besoins, à expier les péchés, à acquérir les vertus, à extirper les vices.
Dites encore quelque chose de l'excellence du jeûne ?
1" Il répare le péché de notre premier père, qui par sa gourmandise a fait jeûner tous ses enfants; 2° il ôle les forces superflues du corps, qui ne servent qu'à affaiblir celles de l\ sprit ; 3° il donne lieu à satisfaire pour chaque crime, offrant par exemple la première semaine en punition d'un tel péché en particulier; la seconde pour un autre, etc., divisant ainsi nos larmes pour parler avec le prophète ; 4° il dispose à la digne célébration des mystères de la Passion du Sauveur, de sa mortel desa résurrection qui s'approchent.
Qui n'observe pas le Carême?
I" Les gourmands, les sensuels, les inlem-