CLÉMENT MAROT
Un page. Il en a l'esprit, la malice, la légèreté. Né en pleine cour d'un poète domestique, — il y avait en ce temps-là des gens de cette espèce, qui n'étaient bons, je suppose, ni comme poètes ni comme domestiques, — attaché lui-même à la personne de François Ier, il a respiré dès le berceau l'air de cette cour la plus brillante, la plus enjouée, la plus élégante du monde; il a vu de près les grands chevaliers et les beautés illustres; il a passé son adolescence dans le voisinage, je dirais volontiers dans l'intimité, de Marguerite de Valois. En a-t-il été amoureux? Je le crois ; qui pouvait approcher d'elle sans l'aimer ? Il a suivi le roi-chevalier dans
ses grandes chevauchées ; il combattit avec lui à Pavie, et c'est peut-être lui qui tint l'écritoire quand le noble vaincu écrivit la fameuse lettre.
Cette vie de Marot est encore tout un roman. Revenu du champ de bataille, il se plonge, pour se distraire de la défaite, dans un tourbillon d'intrigues, de galanteries, de scandales. Ses mœurs ont des relâchements et des égarements à la Villon; il serait Villon s'il était né comme lui dans un bouge. Heureusement, il est de temps en temps rappelé sous l'œil de Marguerite, et retrouve la haute et pure influence qui le domine. C'est, il faut le croire, à un de ces moments-là qu'il songe pour la première fois à quitter la poésie frivole, amoureuse, folâtre, libertine, pour la poésie sévère et religieuse.
Marot a inauguré deux habitudes littéraires qui sont devenues comme des traditions dans les âges suivants : la mendicité et la pénitence. Après lui, tous les poètes, durant deux ou trois siècles, ont dans leurs rimes demandé l'aumône aux grands ; après lui, tous ont, sur le déclin, chanté le repentir des fautes commises, tous ont traduit les Psaumes. Et en cela ils n'ont fait que remonter à l'exemple de David lui-même. David fut-il autre chose qu'un sacripant touché de la grâce, qui pleura son péché en larmes immortelles?