‹ Œuvres complètesChapitre 52 sur 96 · DES FORMALITES NUPTIALES · texte numérisé non relu

DES FORMALITES NUPTIALES

LUI

Allons, vous prendrez froid.

ELLE

Non; je suis un peu lasse.

Je voudrais écouter toujours ce cor de chasse !

LUI

Dis, veux-tu te vêtir de mon Être éperdu?

ELLE

Tu le sais; mais il fait si pur à la fenêtre...

LUI

Ah ! tes yeux m'ont trahi l'Idéal à connaître; Et je le veux, de tout l'univers de mon être ! Dis, veux-tu?

ELLE

Devant cet univers, aussi, je me veux femme; C'est pourquoi tu le sais. Mais quoi ! ne m'as-tu pas Prise toute déjà? par tes yeux, sans combats ! A la messe, au moment du grand Alléluia, N'as- tu pas eu mon âme?

LUI

Oui; mais l'Unique Loi veut que notre serment Soit baptisé des roses de ta croix nouvelle; Tes yeux se font mortels, mais ton destin m'appelle, Car il sait que, pour naître aux moissons mutuelles, Je dois te caresser bien singulièrement ;

Vous verrez mon palais ! vous verrez quelle vie 1 J'ai de gros lexicons et des photographies,

De l'eau, des fruits, maints tabacs, Moi, plus naïf qu'hypocondre, Vibrant de tact à me fondre, Trempé dans les célibats.

Bon et grand comme les bêtes, Pointilleux, mais emballé,

Inconscient, mais esthète, Oh ! veux-tu nous en aller Vers les pôles dont vous êtes?

Vous verrez mes voiliers ! vous verrez mes jongleurs ! Vous soignerez les fleurs de mon bateau de fleurs.

Vous verrez qu'il y en a plus que je n'en étale. Et quels violets gros deuil sont ma couleur locale,

Et que mes yeux sont ces vases d'Election Des Danaïdes où sans fin nous puiserions !

Des prairies adorables, Loin des mufles des gens; Et, sous les ciels changeants, Maints hamacs incassables !

Dans les jardins De nos instincts Allons cueillir De quoi guérir...

Cuirassés des calus de mainte expérience, Ne mettant qu'en mes yeux leurs lettres de créance, Les orgues de mes sens se feront vos martyrs Vers des cieux sans échos étoiles à mourir !

ELLE

Tu le sais; mais tout est si décevant 1 ces choses Me poignent, après tout, d'un infaillible émoi ! Raconte-moi ta vie, ou bien étourdis-moi. Car je me sens obscure, et, je ne sais pourquoi, Je me compare aux fleurs injustement écloses...

LUI

Tu verras, c'est un rêve. Et tu t'éveilleras Guérie enfin du mal de pousser solitaire. Puis, ma fine convalescente du Mystère, On vous soignera bien, nuit et jour, seuls sur terre. Tu verras?

ELLE

Tu le sais. Ah ! — si tu savais ! car tu m'as prise !

Bien au delà ! avec tes yeux, qui me suffisent.

Oui, tes yeux francs seront désormais mon église. Avec nos regards seulement, Alors, scellons notre serment?

LUI

Allons, endormez-vous, mortelle fiancée.

Là, dans mes bras loyaux, sur mon grand cœur bercée,

Suffoquez aux parfums de l'unique pensée Que la vie est sincère et m'a fait le plus fort.

ELLE

Tiens, on n'entend plus ce cor; vous savez, ce cor...

LUI

L'Ange des Loyautés l'a baisée aux deux tempes; Elle dort maintenant dans l'angle de ma lampe.

0 Nuit, Fais-toi lointaine Avec ta traîne

Qui bruit !

0 défaillance universelle !

Mon unique va naître aux moissons mutuelles ! Pour les fortes roses de l'amour Elle va perdre, lys pubère, Ses nuances si solitaires, Pour être, à son tour, Dame d'atour De Maïa !

Alléluia !

COMPLAINTE

DES BLACKBOULÉS

« Ni vous, ni votre art, monsieur. » C'était un dimanche,

Vous savez où.

A vos genoux, Je suffoquai, suintant de longues larmes blanches.

L'orchestre du jardin jouait ce « si tu m'aimes »

Que vous savez;

Et je m'en vais Depuis, et pour toujours, m'exilant sur ce thème.

Et toujours, ce refus si monstrueux m'effraie

Et me confond

Pour vous au fond, Si Regard-Incarné ! si moi-même 1 si vraie 1

Bien. — ■ Maintenant, voici ce que je vous souhaite,

Puisque, après tout,

En ce soir d'août, Vous avez craché vers l'Art, par-dessus ma tête.

Vieille et chauve à vingt ans, sois prise pour une autre

Et sans raison,

Mise en prison, Très loin, et qu'un geôlier, sur toi, des ans, se vautre.

Puis, passe à Charenton, parmi de vagues folles,

Avec Paris

Là-bas, fleuri, Ah ! rêve trop beau ! Paris où je me console.

Et demande à manger, et qu'alors on confonde !

Qu'on croie à ton

Refus ! et qu'on Te nourrisse, horreur ! horreur ! horreur ! à la sonde.

La sonde t'entre par le nez, Dieu vous bénisse !

A bas, les mains !

Et le bon vin, Le lait, les œufs te gavent par cet orifice.

Et qu'après bien des ans de cette facétie,

Un interne (aux

Regards loyaux !) Se trompe de conduit ! et verse, et t'asphyxie.

Et voilà ce que moi, guéri, je vous souhaite,

Cœur rose, pour

Avoir un jour Craché sur l'Art ! l'Art pur ! sans compter le poète.

COMPLAINTE

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